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Un film de Hitoshi Matsumoto (Japon)

"Saya Zamuraï" Sortie en salles le 9 mai 2012

Il est difficile de se prononcer sur le personnalité de Kanjuro Nomi.

Ce samouraï sans sabre, rejeté par tous depuis qu’il a refusé de combattre, erre misérablement le long des routes, flanqué de sa fillette qui, fort heureusement, n’a pas froid aux yeux.

Victime toute désignée, il tombe entre les mains d’un seigneur fantasque qui le condamne à mort, à moins qu’il ne parvienne, par ses facéties, à faire sourire ne fut-ce qu’une seule fois, son fils qui semble s’être définitivement plongé dans la mélancolie.

Chaque matin, pendant un mois, Kanjuro Nomi propose au jeune prince un nouveau spectacle dans l’espoir de le distraire. Y parviendra-t-il ? Et si le délai des trente jours n’y suffisait pas, obtiendrait-il de la part du seigneur une chance supplémentaire ?

La particularité de Hitoshu Matsumoto, cinéaste imprévisible, est d’inventer à chaque fois une forme cinématographique inédite et de l’expérimenter.

"Big man Japan", qui remporta un énorme succès au Japon, qui le révéla au Festival de Cannes en 2007, commence comme un documentaire. Un homme en voie de clochardisation invite une équipe de reportage à le suivre sur son lieu de travail. Là, attendu par un groupe de scientifiques et de militaires, il se transforme, sous l’effet d’une décharge électrique en super héros géant chargé de défendre son pays contre les attaques répétées d’extra-terrestres.

Dans "Symbol" son deuxième film, il invente une sorte de film qui emprunte à la fois aux jeux vidéo et à l’art surréaliste.

"Saya Zamuraï" est un nouveau défi. Cette fois-ci, il s’attaque au genre le plus populaire du cinéma japonais, le film de Samouraï. Mais son récit échappe aux règles du genre et, tout en restant fidèle à son goût pour l’absurde et à la construction en sketchs, il adopte le principe du film pour enfants optant pour le conte et le mélodrame, avec un dénouement final des plus émouvants.

Après la dérision et la sidération, place est faite à l’émotion avec une belle relation entre le père et sa fille, cruelle et totalement inversée.

Chacune des mises en scène qu’invente Kanjuro pour amuser le jeune prince et qui donne lieu à un bref épisode, plus ou moins drôle et rarement spectaculaire, est un échec. Et chacun des échecs rapproche Kanjuro Nomi de sa condamnation à mort.

Kanjuro n’est-il qu’un doux rêveur, un looser invétéré ? Quelle est l’étendue du pouvoir de la fillette dont l’esprit d’initiative et le degré de maturité surprennent.

Scènes hallucinantes à la limite du bon sens et du bon goût se succèdent, Elles évoquent un Jackass en costumes. On pense aussi à Jerry Lewis, le clown qui voulait faire pleurer.

Encore une fois avec un récit brinquebalant, des numéros foireux, un personnage halluciné reliés à la tradition du film de samouraï et à celle du conte pour enfants, Hitoshi Matsumoto arrive à surprendre.

Le résultat est jubilatoire.

Francis Dubois

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