Actualité théâtrale

Théâtre de la Bastille jusqu’au 16 avril 2015

"Schitz" de Hanokh Levin Mise en scène de David Strosberg

Le père a un souci aigu du gain et de la rentabilité. Il lui arrive de convertir les morceaux de viande qu’il a ingurgités tout au long de sa vie en ce troupeau de bêtes qu’il aurait pu posséder à la place. Une de ses idées d’hommes d’affaires serait de trouver le moyen de capitaliser le sommeil et le repos.

La mère elle, rêve d’adultère, de fuir avec un professeur américain pour s’établir à ce Los Angeles qu’elle convoite.

Quant à la fille, son physique ingrat, son surpoids ne lui ont jusqu’ici pas permis d’attirer le moindre prétendant dans ses filets.

Jusqu’à ce que se présente un homme qui, intéressé par la fortune du père, va faire abstraction de son absence de charme et l’épouser.

Mais, dans quelle sorte d’union vont- ils s’engager si le premier souci du jeune couple est de supprimer les parents encombrants ?

Théâtre : Schitz

Hanokh Levin, l’un des principaux dramaturges israéliens qui a consacré une partie de son œuvre à l’écriture de pièces politiques, a une réputation d’auteur subversif.

Ses premières pièces dans lesquelles il attaquait de façon frontale la politique menée par Israël ont provoqué des remous au sein du pays.

C’est avec des comédies grinçantes où il dressait des portraits au vitriol d’une société bourgeoise, qu’il connaît une notoriété internationale.

Avec " Schitz" , il s’attaque à la famille qu’il désacralise totalement, l’égocentrisme de chacun interdisant l’existence d’un microcosme familial.

Le constat très noir où le moindre sentiment filial a disparu, produit l’effet comique de la pièce, rejoignant cette phrase de Kurt Tucholsky qui disait "L’humour, c’est quand on rit quand même."

Dans la pièce, seul le personnage de la fille était obèse. David Strosberg a étendu le "surpoids" aux personnages du père et de la mère, donnant d’entrée au spectacle, une dimension quasi clownesque.

L’apparition sur le plateau des trois protagonistes, l’un après l’autre, alourdis dans leurs gestes, gênés dans leur démarche, leur comportement, ouvre la voie au grotesque.

Pourtant si les comédiens jouent le jeu de ce parti pris et si les dialogues qu’ils ont à dire vont dans le même sens, ils font preuve d’une légère retenue qui donne au spectacle une tonalité qui fait la nuance entre burlesque et grotesque.

La teneur du propos de Hanok Levin, excessif, irrévérencieux, cruel, tragique et caricatural est respecté. Cependant, par sa mise en scène et sa direction d’acteurs, David Strosberg prend soin de ne pas amplifier l’effet, de rester autant que possible dans la sobriété.

Du coup, même s’ils sont détestables, les personnages gardent en filigrane une dimension humaine, une nuance de fragilité, de sincérité.

La guerre rôde en arrière-plan et c’est dans le contexte flou qu’elle crée, que les personnages trouvent le moyen de s’enrichir…

Un spectacle qui sous ses apparences de récit déjanté, est maîtrisé de bout en bout.

Il n’était pas aisé de garder l’équilibre, de jouer sans cesse sur le fil : le metteur en scène et ses comédiens ont réussi cette gageure.

Francis Dubois

Théâtre de la Bastille 76 rue de la Roquette 75 011 Paris.

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) 01 43 57 42 14

www.theatre-bastille.com

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