Actualité théâtrale

Jusqu’au 31 mars au Théâtre du Lucernaire

« Seasonal affective disorder »

Il a remarqué dans un bar cette fille, capable de boire un chocolat chaud tout en mâchant un chewing-gum et en fumant une clope en même temps. Bien sûr elle a dit qu’elle avait dix-neuf ans comme toutes les filles rencontrées très tard dans les bars, mais il sait qu’elle est plus jeune. Il l’a emmenée dans une chambre d’hôtel minable, a vu quelques minuscules tâches de sang sur son cou. Il comprend qu’elle l’entraîne vers un désastre mais il a trop envie de la suivre, d’écouter ses propositions et ses rêves. Il fait trop froid, trop sombre, il a besoin de se réchauffer à son soleil et s’il part elle est perdue. Vlad et Dolly, tels de nouveaux Bonny and Clyde, vont se lancer dans une cavale amoureuse peuplée de chips et de kinders, de nuits dans des voitures ou des mobile-homes et de flingues.

Pour ce texte vif et nerveux de Lola Molina, où les dialogues brefs alternent avec la description des lieux et des situations, le metteur en scène Lelio Plotton a crée un univers sonore dans lequel le spectateur se trouve emporté. Parfois les acteurs parlent au micro livrant leurs pensées, inquiétudes et désirs pour Dolly, efforts pour remettre un peu d’ordre dans le monde chaotique où elle l’a entraîné mais où il se laisse aller à son désir, pour Vlad. Le travail sur le son et sur la lumière crée des atmosphères différentes au gré des lieux traversés, de l’excitation et de la peur qui rythment cette cavale. En toile de fond, la vidéo offre des aplats de couleurs, de matières, passant du gris au bleu et accompagnant les variations de l’humeur des héros.

Théâtre : Seasonal affective disorder

Anne-Lise Heimburger est cette femme-enfant qui a peur du noir mais qui n’hésite pas à « flinguer », qui joue avec ses cheveux la mine boudeuse, se cambre comme une chatte, dit « j’ai faim » ou « on part tout de suite » sans se préoccuper de la situation. Elle donne à Dolly cette fièvre qui la conduit à se déchaîner dans la danse dans une boîte de nuit ou à se lancer dans une expédition insensée, sans se soucier des périls. Elle la montre perdue, toute à ses désirs, attachée à cet homme sans qui elle n’a aucun espoir. A ses côtés Laurent Sauvage est magnifique. Calme au milieu de ce maelstrom, il est ce Vlad auquel s’ancre Dolly. Porté par sa passion pour elle, tentant de garder un cap, tout en sachant parfaitement que chacune de ses tentatives pour échapper au piège les conduira inéluctablement au drame final.

On se laisse envoûter par ce beau texte, ces acteurs remarquables et Dolly et Vlad sont prêts à rejoindre la légende des amants maudits.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 21h

Théâtre du Lucernaire

53 rue Notre Dame des Champs, 75006 PARIS

Réduc’SNES sur réservation : 01 45 44 57 34

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Une des dernières soirées de carnaval »
    Goldoni écrit cette pièce alors qu’il s’est décidé à quitter Venise, sa ville qu’il aime tant et qui l’a tant inspiré. Il est lassé de la guerre d’usure que mènent ceux qui, à la suite du Comte Gozzi,... Lire la suite (11 novembre)
  • « Une bête ordinaire »
    Elle a sept ans et demi, des seins comme des clémentines et l’impression qu’une bête sauvage lui crève le ventre. Elle a fait du garage à vélo de l’école sa cabane et y invite des petits garçons à toucher... Lire la suite (8 novembre)
  • « Le présent qui déborde »
    Après Ithaque , Christiane Jatahy continue à voyager dans l’Odyssée pour y trouver ce que ce poème vieux de 3000 ans nous dit du monde où nous vivons. Nous avions été peu convaincus par Ithaque où... Lire la suite (7 novembre)
  • « Tigrane »
    Tigrane disparaît un jour. On ne retrouve sur la plage que son skate et une bombe de peinture. Dans notre pays où l’école ne réussit pas à assurer une véritable égalité des chances, Tigrane semblait mal... Lire la suite (6 novembre)
  • « Place »
    De Place , couronnée par le prix du jury et le prix des lycéens au festival Impatience 2018, Tamara Al Saadi, son auteur dit : « la pièce est née de la nécessité de parler de ce sentiment qu’éprouvent... Lire la suite (6 novembre)