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Un film de Shira Geffren (Israël)

"Self made" Sortie en salles le 8 juillet 2015.

Michal est brutalement réveillée par l’effondrement de son lit. Avait-elle oublié que ce jour-là, son compagnon partait en voyage pour plusieurs jours ; ou avait-il oublié de le lui dire.

Elle fait immédiatement la commande d’un nouveau lit en kit mais l’assemblage des différentes pièces est rendu impossible par l’absence d’une vis dans le colis de livraison.

Elle réclame la pièce manquante au magasin, ce qui occasionne un contrôle immédiat au service des emballages.

Nadine la jeune femme qui compose les paquets de vis est surprise avec, dans la poche de sa blouse, plusieurs vis dont elle dit se servir pour jalonner ses itinéraires, le seul moyen de retrouver son chemin quand elle rentre chez elle.

Entre temps, Michal qui a retrouvé la vis, tente de disculper l’ouvrière sanctionnée pour faute professionnelle, doit accueillir des équipes de télévision en vue de l’exposition d’une de ses œuvres à une biennale d’art contemporain.

Mais si ces visites avaient été annoncées, avait-elle oublié les rendez-vous ?

Michal, artiste israélienne renommée, et Nadine, ouvrière palestinienne, vivent de chaque côté du mur de séparation mais à la suite d’une confusion à un check-point, elles se retrouvent à vivre la vie l’une de l’autre…

Cinéma : Self made

Shira Geffren dont le film précédent " Le Méduses " avait obtenu la Caméra d’Or à Cannes en 2007 a réalisé avec " Self made" , son second long métrage, une œuvre singulière dont le récit oscille entre une connexion avec la réalité, de légers effets de fantastique et de ponctuels glissements vers d’absurde.

Qui est Michal ? Est-elle réellement une artiste reconnue traversant, à l’approche de la date de la Biennale où elle expose une œuvre, une période de confusion qui la met en difficulté dans tout ce qu’elle entreprend ?

La présence des équipes de télévision lui semble insupportable et elle paraît à ce point douter de la nécessité de ces interviews qu’elle se montre distraite, évasive dans ses réponses avant de les écourter parfois brutalement.

Pour quelle raison, Nadine, l’ouvrière palestinienne dont le travail consiste à emballer des lots de vis dans des sachets en plastique et qui joue les "petit-poucet" en semant des vis pour retrouver son chemin est-elle désignée pour commettre un attentat suicide ?

Elle qui ne voulait qu’une chose, qu’un homme lui fasse un bébé, va se retrouver, simulant une grossesse, le ventre arrondi par un chapelet d’explosifs.

Dès lors c’est comme si les deux personnages entraînant le récit n’étaient plus contrôlables, comme si, de l’absurde on glissait progressivement du côté de la folie.

Les situations de comédie s’enchaînent mais elles sont drôles avec des sortes de grincements : l’interview de Michal sur le thème "les cinquante femmes les plus influentes d’Israël", l’assemblage du lit suédois qui vire à la débâcle, la représentation de l’utérus à la Biennale d’Art contemporain de Venise, l’anniversaire de mariage, les crabes musiciens dans la baignoire.

Le troisième personnage, celui de la jeune fille soldat qui accomplit son service militaire au poste de contrôle donne lieu à de nombreuses situations tragi-comiques.

Comme Michal et Nadine, c’est un personnage enfermé dans un rôle qui ne lui convient pas. Mais si les deux femmes sont enfermées dans leur esprit, elle l’est au sens propre dans ce check-point, comme dans une cage.

Les contes des Frères Grimm ont eu une grande influence sur le travail de Shira Geffen. Elle s’est également souvenue de " L’apprenti sorcier de Fantasia " avec, à la place de l’eau qui se déverse, un flot d’éléments de meubles impossible à assembler…

On pense aussi à "Alice au pays des merveilles"…

Jérusalem qui est devenue plus un symbole qu’une ville, était le lieu idéal pour l’histoire de Nadine et Michal qui reviennent aux deux facettes de la même femme et le poste de contrôle au centre de l’histoire est une sorte de métaphore de l’état psychologique des personnages.

Le titre " Self made " fait référence à l’assemblage de meubles mais aussi à l’assemblage de leurs propres personnalités.

Francis Dubois

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