Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

Un film de Hong Sangsoo (Corée)

« Seule sur la plage la nuit » Sortie en salles le 10 janvier 2018 

Quelque part en Europe (il s’agit sans doute du port d’Hambourg), Younghee a tout laissé derrière elle, une carrière d’actrice prometteuse qu’elle n’est pas certaine de pouvoir reprendre, ses amis et son histoire d’amour malheureuse avec un réalisateur de cinéma marié.

Fidèle malgré elle au souvenir de cet homme dont elle espère qu’il se souviendra d’elle un jour, elle se recueille sur une plage.

A Gangneung, en Corée du sud, Younghee partage un repas joyeux avec des amis. Quelques verres d’alcool suffisent pour qu’elle se révèle cruelle envers ses compagnons et adopte un comportement provocateur en se rapprochant d’une jeune femme qui, tout à coup l’attire.

Plus tard, seule sur la plage, elle se posera la question de savoir comment l’amour et le désir peuvent peser dans un vie.

Cinéma : Seule sur la plage la nuit

L’image est récurrente de la jeune femme filmée de dos sur une plage devenue synonyme de solitude, d’égarements en pensées, de questionnements multiples.

Au cours de longues promenades dans des paysages hivernaux, au long de rives, elle s’interroge sur ses sentiments et la nature de ses désirs.

La jeune femme est sortie en mauvais état d’une relation malheureuse avec un cinéaste connu. La mésaventure amoureuse pourrait n’être qu’un épisode people mais ici, vu par Hong Sangsoo, cinéaste obsédé par la mise en abyme, l’état de la jeune femme débouche sur une autre perception du réel et de l’intime.

On pourrait trouver une multitude de sens à la moindre séquence du film de Hong Sangsoo, trouver d’évidentes parentés entre une image, une attitude, des moments contrastés de ce film avec des scènes de ses films précédents

On pourrait tout autant prouver que le cinéaste coréen réalise à la fois le même film et à chaque fois des œuvres totalement différentes ou les unes se présenteraient comme le négatif des autres.

On peut laisser flotter les images, les personnages, les situations, les trouver en prise directe avec la réalité ou au contraire les voir dans une totale abstraction...

Les films de Hong Sangsoo, s’ils ont parfois recours à l’anecdote ne sont surtout ni linéaires ni vraiment narratifs.

Son cinéma c’est de l’audace, du culot, des pieds de nez mais c’est aussi et surtout des moments de grâce comme si l’essentiel se jouait dans l’ellipse, le non dit, les interstices d’un pseudo-récit.

Faut-il croire sur parole Younghee et les effets dévastateurs de sa relation malheureuse avec le réalisateur ? A-t-elle été réellement la vedette de l’écran telle que le disent des témoins ? A-t-elle tout à coup une attirance irrépressible pour sa voisine de table à la fin du repas ?

Le charme des films de Hong Sangsoo est dans ces imprécisions, dans ces flottements narratifs, dans ce qui survient et dont on n’est pas toujours très sûr que ça bien eu lieu ou qu’il s’agit de l’imaginaire des personnages.

Le mise en scène est aussi fluide qu’elle peut être heurtée. Les situations peuvent s’enchaîner ou se succéder dans une sorte de chaos...

Un régal pour qui se laisse porter...

Francis Dubois

Autres articles de la rubrique Actualité cinématographique - avant-premières, festivals...

  • « Have a nice day »
    Alors qu’une pluie ininterrompue s’abat sur une petite ville du sud de la chine, Ziao Zhang, qui veut offrir les service d’un chirurgien renommé à son amie défigurée au cours d’une première opération... Lire la suite (23 juin)
  • « Jerico, l’envol infini des jours »
    C’est dans le village de Jérico, niché au cœur de la Cordillère des Andes où vivait sa grand mère que Catalina Mesa est allée à la rencontre de femmes qui, face à sa caméra, évoquent leur passé et leur... Lire la suite (23 juin)
  • « Sicilian Ghost story »
    Habitant d’ un village sicilien, Giuseppe, un garçon de 13 ans disparaît subitement. Toutes les éventualités sont envisagées, mais Luna, sa camarade de classe, écarte l’idée d’une disparition... Lire la suite (13 juin)
  • « Filles du feu »
    Elles ont à peine vingt ans et elles affrontent, en guerrières, l’état islamique au Kurdistan syrien. Dans cet endroit du monde où l’homme marche devant et la femme derrière, le fait qu’elles aient... Lire la suite (12 juin)
  • « Désobéissance »
    Ronit est allée vivre à Manhattan où elle est devenue une photographe reconnue. Elle est partie aux États-Unis pour faire carrière mais aussi, et peut-être plus encore, pour prendre de la distance avec... Lire la suite (10 juin)