Actualité théâtrale

Jusqu’au 15 avril au Théâtre de l’Épée de Bois

« Sganarelle ou le cocu imaginaire »

Dans la jolie salle en bois du théâtre de l’Épée de Bois, la Compagnie Aigle de sable présente une pièce de Molière de 1660 où l’on trouve encore des éléments de la commedia dell’arte mais où Molière jongle déjà avec humour et finesse dans les quiproquos.

Célie est amoureuse de Lélie. Se croyant délaissée, elle s’évanouit dans les bras de Sganarelle, perdant un bijou avec le portrait de Lélie. La femme de Sganarelle, Martine, qui a tout vu de sa fenêtre, pense que son mari la trompe et ramasse le bijou. Sganarelle voyant le portrait de Lélie dans les mains de sa femme imagine qu’elle le trompe. Le soupçon d’infidélité gagne tous les personnages, aiguisant le désir amoureux.

Théâtre : Sganarelle

Pour cette création, Milena Vlach et Jean-Denis Monory ont choisi une mise en scène baroque, pas seulement dans la langue, où les « r » sont roulés et toutes les terminaisons des mots en « r », « s » ou « t » sont prononcées, mais encore dans la forme. Éclairage aux bougies (une forêt de 140 bougies auxquels s’ajoutent deux lustres) qui crée une lumière dorée évoquant des tableaux de Georges de la Tour, visages maquillés de blanc aux pommettes rouges, déclamation outrée, gestuelle chorégraphiée, tout concourt à nous transporter au XVIIème siècle. Une pléthore d’accessoires, cadres vides, un grand miroir terni, un cheval de bois, des paniers, tout invite à l’imaginaire. L’usage des masques est limité car on s’éloigne déjà de la commedia dell’arte et les metteurs en scène ont fait le choix du baroque en faisant entrer le hors scène dans l’espace de jeu (les comédiens changent de costume et de rôle à côté de l’aire de jeu centrale), brouillant les limites entre le théâtre et la vraie vie.

Laurent Charoy est un Sganarelle burlesque, prêt au meurtre pour se venger, mais trop lâche et se vengeant finalement en donnant quelques coups à sa femme , Milena Vlach, qui les lui rend bien. Éléonora Rossi et Alexandre Palma Salas sont les jeunes amoureux, elle toujours prête à s’évanouir et lui campant un bourgeois un peu sot, dans lequel on pressent ce que seront les personnages des grandes comédies de Molière. A l’image des divertissements musicaux qui offraient, dans le théâtre baroque, une respiration au milieu des cascades de quiproquos, un orgue de barbarie ancien (Jean-Marc Puigserver) accompagne les personnages dans de petits intermèdes chorégraphiés.

Un beau travail qui nous fait entrer dans l’univers des premières pièces de Molière, souvent méconnues.

Micheline Rousselet

Les lundis, mardis et mercredis à 20h30

Théâtre de L’Épée de Bois, Cartoucherie, Route du Champ de Manoeuvre, 75012 Paris

Réservations : 01 48 08 39 74

12 mai au Théâtre du Blanc Mesnil, 15 mai au Théâtre de Brunoy, 3 au 26 juillet Festival Avignon off à l’Espace Alya

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