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Un film d’Abbas Kiarostami (Iran)

"Shirin" Sortie en salles le 20 janvier 2010

Une princesse très belle fut aimée de deux hommes : le Roi Khosrow et l’homme du peuple Farhad. Elle les aima tous les deux intensément et sa sincérité de femme amoureuse en fit une héroïne malheureuse.
Cent huit actrices assistent à la projection de l’adaptation cinématographique de la légende de Khosrow et Shirin. Cette histoire racontée par Ferdowki dans son « Livre des Rois », reprise au XIIème siècle par le poète Nezâmi de Gandjeh, inspira à Shakespeare son Roméo et Juliette.
Aucune image n’apparaît à l’écran et le spectateur ne fait qu’écouter avec les comédiennes qui elles, assistent à l’action, la bande son du film. Le seul effet des images est dans l’expression des visages et dans le reflet de leur fluctuation lumineuse.
Le cinéaste Abbas Kiarostami s’est toujours considéré comme un artiste doublé d’un pédagogue. Pour lui, l’art du cinéma est un moyen d’aider à mieux comprendre le monde et à mieux le faire comprendre. Dans certains de ses court métrages, il donna à voir les effets de pratiques quotidiennes en Iran. Il fut également, dans certains de ses films, le témoin précis de la Révolution de son pays. A d’autres occasions il réalisa des films où il se pencha sur les effets de certains systèmes d’enseignement et de justice. Mais ces films pour pédagogiques qu’ils furent, n’en étaient pas moins des œuvres d’art, filmées avec beaucoup de soin et d’élégance.
Par ailleurs, Kiarostami a toujours défendu l’idée qu’une œuvre d’art digne de ce nom ne devait pas être offerte achevée au public, qu’elle n’aurait de sens que si elle restait ouverte afin que le spectateur y apporte sa propre contribution. C’est dans cette perspective qu’il a conçu le projet ambitieux, risqué mais totalement abouti, de son film "Shirin".
"Shirin" n’est pas simplement l’apparition à l’écran de ces visages de femmes dont seul, parfois, l’ovale est éclairé, qu’accompagnent ponctuellement en arrière-plans des présences qui révèlent un vrai public assistant dans une vraie salle de cinéma à la projection d’un vrai film existant. Ce n’est surtout pas une œuvre fantaisiste ou le caprice artistique d’un cinéaste soucieux d’expérimenter ou de surprendre. Le film est double. Il est à la fois dans l’expression des visages où se lit la montée dramatique de cet autre film invisible très palpable, dont on ne perçoit que la bande son mais qui est une vraie réalisation extrêmement soignée et dramatiquement parfaitement construite.
Si l’histoire de Khosrow et de Shirin (intitulée ici Shirin) nous est étrangère à nous, spectateurs occidentaux, elle est très familière à un public iranien qui la connaît par cœur. Kiarostami a battu le rappel de toutes les actrices iraniennes, toutes générations confondues (plus Juliette Binoche, vedette du prochain film du cinéaste). Leurs cent huit visages expriment tour à tour le plaisir, l’émotion, la tristesse, le bonheur… Son film nous entraîne de façon magique dans un conte qui est en même temps qu’une belle histoire, notre histoire de spectateur.
Francis Dubois

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