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Un film de Joan Chemla (France)

« Si tu voyais mon cœur »  Sortie en salles le 10 janvier 2018.

A la suite de la mort accidentelle de son meilleur ami, son complice de toujours, Daniel échoue à l’hôtel Métropole où se réfugient les âmes perdues et tous les exclus.

Rongé par la culpabilité, il sombre de plus en plus dans la violence, déclenchant celle de ceux qui gravitent dans le secteur, marginaux et autres trafiquants.

Jusqu’au jour où son chemin croise celui de Francine dont il tombe amoureux et qui va subitement éclairer son existence.

Mais ne serait-ce pas trop tard pour effacer un passé déjà chargé ? Et qui est en réalité la mutique et presque irréelle Francine ?

Cinéma : si tu voyais mon coeur

A l’origine de «  Si tu voyais mon cœur  » il y a le roman de l’écrivain cubain Guillermo Rosales dont le film de Joan Chemla est une adaptation très libre et dont il ne subsiste que la seule impression que la réalisatrice a eu à la fin de la première lecture.

Le roman retrace la trajectoire d’un exilé cubain à Miami mais dans le film, l’action a été transposée et la cinéaste a voulu savoir ce que pourrait être l’équivalent d’un boarding-home de Miami en France.

Une pension pour exilés a été choisie, un établissement qui ne se contente pas de confirmer ceux qui y atterrissent dans la déchéance mais qui engloutit dans cette déchéance ceux qui pourraient tenter de résister à leur chute.

C’est ainsi que Daniel épouse l’univers sombre du lieu, s’y laisse engloutir, se ferme et perd toute son humanité.

Et c’est quand il a totalement sombré dans la violence et atteint un point de non retour qu’il rencontre Francine qui lui apparaît comme un ange.

Et c’est certainement sur le personnage de Francine que l’adaptation de Joan Chemla est le plus fidèle au roman.

Silencieuse, mentalement fragile, la jeune femme reste à ce point mystérieuse qu’on en arrive à se demander si elle est bien réelle.

Francine survient à la frontière des deux vies de Daniel, celle liée à la mort de son ami Costel et dont il voudrait, rongé par la culpabilité, effacer toute trace et celle qui semble s’offrir à lui, où il espère sans doute trouver une innocence nouvelle.

A ce moment là du film, les lumières qui éclairent les séquences, le choix de la musique, les images du couple en fuite opèrent une bascule dans un romantisme que la réalisatrice assume totalement. La rencontre amoureuse, dans cette « auréole » qui enveloppe soudain le récit, permet au film de passer de l’extrême noirceur à un extrême romantisme.

Gael Garcia Bernal est comme toujours magnifique de présence. Joan Chemla lui a associé la sublime Marine Vacth dont le regard, le jeu retenu, la beauté presque transparente rappelle les plus grandes du cinéma hollywoodien des années cinquante.

Elle réalise, avec ce rôle très court, presque muet, une performance d’actrice de toute beauté.

Un premier film superbe et une réalisatrice qui après ce coup d’essai qui est un coup de maître, devrait exploser dans les prochaines années.

Francis Dubois

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