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Un film de Gagla Zencirci et Guillaune Giovanetti (France-Allemagne-Luxembourg-Turquie)

« Sibel » Sortie en salles le 6 mars 2019.

Sibel, vingt cinq ans, vit depuis la mort de sa mère, avec sa jeune sœur et avec son père, édile d’un village de montagnes de la Mer Noire en Turquie. Sibel est muette. Elle parvient à communiquer grâce à la langue sifflée utilisée dans cette région.

Rejetée par les habitants, elle traque sans relâche un loup dont on dit qu’il rôde dans la région et qui est devenu objet de fantasmes et de craintes des femmes du village. Mais un jour, elle recueille et vient au secours d’un fugitif blessé. Menaçant et vulnérable, il est pourtant le seul à porter un regard attentif sur la jeune fille muette.

Cinéma : Sibel

En 2003, Gagla Zencirci et Guillaume Giovanetti découvraient, dans un paragraphe anecdotique de l’ouvrage «  Langage de l’humanité », l’existence d’un village du Nord-Est de la Turquie dont les habitants parlent une langue sifflée.

Ils s’en sont souvenus lorsque, pour des raisons professionnelles, ils se sont retrouvés dans la région et c’est alors qu’ils ont décidé d’en savoir plus de cette langue et de s’assurer surtout de sa réelle existence.

Ils ont découvert Kusköy dont le nom signifie « Village des oiseaux » et ont, dans un premier temps, craint que l’utilisation de cette façon de communiquer ne soit que du folklore et qu’elle ne soit que le fait de quelques anciens de la région.

Or, les adultes la maîtrisent tous parfaitement et pour ne pas qu’elle tombe dans l’oubli avec l’arrivée des téléphones portables, les villageois ont décidé qu’elle serait enseignée à l’école.

La langue sifflée n’est pas un code comme le morse mais une véritable retranscription en syllabes et en sons de la langue turque.

Lors de cette première visite au village, les réalisateurs ont rencontré une jeune femme du village dont ils ont eu l’impression qu’elle était muette et qu’elle ne communiquait que par la langue sifflée.

Dès la première rencontre avec la jeune fille muette, ils ont passé beaucoup de temps sur place pour observer la vie des autochtones et découvrir certains rites de la communauté, comme le « mythe du rocher de la mariée » évoqué dans le film.

Dans « Sibel  » tous les dialogues sont réels et Damla Sommez, la comédienne qui interprète le personnage de la jeune muette a été prise en main par un professeur de langue sifflée du village.

La révélation de l’existence de cette langue met la lumière sur ce langage utilisé quotidiennement et que personne dans la contrée ne souhaite voir disparaître.

Le handicap dont souffre Sibel en la tenant à distance des autres habitants du village en fait une sauvageonne en marge de la société actuelle. Les mères ne veulent pas lui donner leurs fils en mariage et le jeunes femmes de son âge sont non seulement mariées mais elles ont eu déjà plusieurs enfants.

Paradoxalement, son handicap fait de Sibel une jeune femme complètement libre. Son comportement en fait une exclue, une situation qui rejaillit sur Ali, le fugitif qu’on soupçonne très vite d’être un terroriste en fuite.

Et c’est sans doute leurs positions d’exclus, leur marginalité, qui rapprochent les deux protagonistes.

Outre le fait que le film révèle l’existence de la langue sifflée, il est l’occasion pour les deux réalisateurs d’aborder d’autres sujets comme la différence, l’exclusion, l’existence menacée d’êtres quand, pour des raisons différentes, ils survivent à la marge de leur époque et deviennent, pour cette seule raison, des parias.

Une œuvre originale sensible et puissante .

Francis Dubois

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