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Un film de Fabrice Gobert (France)

"Simon Werner a disparu…" Sortie en salles le 22 septembre 2010

Lors d’une fête réunissant de jeunes lycéens dans un pavillon en bordure de forêt, un couple sorti pour prendre l’air, découvre, dans le sous bois proche, dissimulé sous des feuillages, un corps apparemment sans vie.
Serait-ce celui de Simon Werner, un élève de la Terminale C au Lycée Léon Blum, mystérieusement disparu depuis quelques jours ?
On a d’abord pensé à une fugue –Simon avait confié à certains son projet de partir- puis à un enlèvement mais aussi à un suicide ou un meurtre. Chacune des suppositions reposant sur des indices à chaque fois tangibles.
Le film pourrait être une simple enquête à propos de la disparition subite d’un adolescent ordinaire. Des témoignages distillés astucieusement tout au long du récit, approcheraient petit à petit la vérité jusqu’au dénouement. Mais si l’enquête soutient l’attention du spectateur, l’essentiel des qualités du film n’est pas dans l’intrigue policière.
Il est dans la peinture juste et sensible du panel de ces garçons et ces filles qui constituent le groupe auquel appartenait Simon Werner. Jérémie, Alice, Frédéric, Luc, Clara, Arthur ou Laetitia sont les parfaits représentants de cette jeunesse des années 90, sans jamais tomber dans le cliché ou le stéréotype. Le langage est juste comme le sont les rapports qui les lient, à la fois rudes et directs. Ils se connaissent bien, se côtoient agréablement au quotidien, sont à l’occasion complices, savent se montrer généreux mais leurs sentiments les uns pour les autres restent à la périphérie, dans le domaine de l’éphémère. Après le bac qui les attend, il ne restera sans doute rien des liens qui se sont tramés entre eux pendant les années de lycée…

On a fait grand cas, l’an dernier, d’un film sensé dépeindre un groupe de jeunes gens, lycéens en plein dans l’âge ingrat, qui s’appelait "Les beaux gosses" et qui manquait de toute cette finesse d’observation qui fait le charme et l’intérêt de "Simon Werner a disparu…"
Alice a beau être étiquetée "star" de la classe, Jérémie beau gosse un peu romantique, Luc comme le dragueur et Arthur comme le fayot benêt et mal fagoté, ils sont là, bien présents, humains, distants, proches, indifférents mais tellement justes.
Le découpage du film en quatre, chaque partie portant en titre le nom d’un des protagonistes et relatant le déroulement des faits de son point de vue, est d’une précision d’orfèvre et donne à l’ensemble une relief narratif passionnant.
La seule réserve qu’on pourrait formuler à propos du récit, c’est de multiplier beaucoup trop les fausses pistes et à cause de cela, d’affadir le dénouement qui déçoit peut-être mais qui rejoint en réalité le vrai propos du film de Fabrice Gobert, qui porte sur le fantasme, la manière dont on peut fantasmer sa propre vie mais aussi celle des autres. Un penchant qui se trouve exacerbé à cet âge de la vie.
Une belle réussite !
Francis Dubois

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