Actualité théâtrale

Théâtre National de la Colline

"Six personnages en quête d’auteur" Jusqu’au 7 octobre

Mal accueilli au Festival d’Avignon par une partie de la critique, qui s’interrogeait sur les raisons qui avaient poussé Stéphane Braunschweig à monter cette pièce de Pirandello, qu’elle jugeait vieillie, bavarde et trop démonstrative, Six personnages en quête d’auteur est désormais joué à La Colline. Et la critique est cette fois conquise !

Stéphane Braunschweig a toujours affirmé que pour lui, le théâtre « reprend les grands textes et cherche à les faire parler pour aujourd’hui ». Si effectivement la charge satirique menée par Pirandello contre le théâtre bourgeois et conformiste de son époque apparaît datée, les questions qu’il se pose en écrivant cette pièce en 1921, s’insèrent fort bien dans les problématiques contemporaines. Qu’est ce que cela signifie d’être un auteur, doit-il partir de lui ou des personnages, que doit-il faire avec des personnages qui parfois lui échappent, quelle doit être la part du réel et de la fiction, quel est le rapport entre les personnages et les comédiens qui les incarnent ? A cela s’ajoute une autre question pour le metteur en scène d’aujourd’hui : faut-il garder le texte, tout le texte ? Au final, Stéphane Braunschweig a gardé l’auteur, mais pas tout le texte !

Quand la pièce commence, on a un metteur en scène (Claude Duparfait remarquable) et ses acteurs qui s’interrogent sur l’intérêt de monter aujourd’hui cette pièce qu’ils jugent un peu vieillotte. A-t-il suffisamment le désir de la monter et eux de la jouer ? C’est alors que font irruption six personnages abandonnés par leur auteur, qui racontent et commentent sans fin un drame passé. Le metteur en scène est intéressé, les acteurs plus méfiants car les personnages ne cessent d’exprimer leur point de vue, parfois contre les comédiens. Le ballet de la mise en abîme peut dès lors commencer. Chacun porte sa vérité, les personnages veulent jouer leur drame, les acteurs veulent en donner leur lecture, s’inspirant de leur vie pour donner vie aux personnages, les ego se heurtent. Les personnages ne veulent montrer qu’une face idéale d’eux-mêmes alors que le metteur en scène cherche aussi leur côté sombre. Au total chacun porte sa vérité mais ces vérités ne sont pas compatibles. Ce spectacle est aussi un hommage à l’auteur qui chez Pirandello est le grand absent. L’auteur apporte à cette histoire son imaginaire, ses obsessions. C’est pourquoi Stéphane Braunschweig a pris la liberté de faire apparaître Pirandello en très courtes séquences, car comédiens et personnages ne peuvent que fantasmer sur cet auteur qui a abandonné ses personnages.

En dépoussiérant ce texte un peu trop bavard, Stéphane Braunschweig nous propose un spectacle plein d’humour, d’ironie et d’autodérision. Le public ne s’y trompe pas et rit souvent. Le dispositif scénique est au service de ce « théâtre dans le théâtre ». Les personnages jouent sur une estrade blanche, à côté les acteurs les observent et un jeu de miroirs ouvre de nouveaux espaces. La vidéo utilisée de façon satirique est une autre façon de redonner vie à la pièce. Les personnages de Pirandello avaient besoin de voir leur drame joué au théâtre. Aujourd’hui ils ont besoin de médiatiser leur vie par les écrans pour lui donner sens.

On comprend et on entend cette pièce comme on ne l’a jamais entendue. Les acteurs sont tous excellents, en particulier Claude Duparfait en metteur en scène, Philippe Girard dans le personnage du père et Maud Le Grevellec dans celui de la fille. On rit, on se pose des questions, on réfléchit et on en sort plus intelligent et heureux.

Micheline Rousselet

Du mercredi au samedi à 20h30, le mardi à 19h30 et le dimanche à 15h30
Théâtre National de la Colline
15 rue Malte-Brun, 75020 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 44 62 52 52
www.colline.fr

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