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" Sleep dealer " Un film d’anticipation de Alex Rivera (Mexique) - sortie en salles le 10 décembre

Memo Cruz vit avec sa famille dans un village de montagnes au Mexique. Depuis la construction du barrage, il y a pénurie d’eau et Memo accompagne chaque jour son père pour se procurer à un prix prohibitif, la quantité d’eau nécessaire à la survie de la famille.
Memo s’est fabriqué une radio grâce à laquelle il peut écouter ceux qui ont rejoint les grandes villes car, comme eux, il caresse le projet d’aller travailler dans une de ces usines délocalisées où l’on manipule des robots qui commandent à distance des chantiers installés aux Etats-Unis.
Repéré à cause de sa radio artisanale et pris pour un terroriste, Memo provoque une riposte au cours de laquelle son père est tué et la maison détruite.
Accablé, il décide de partir pour Tijuana, la ville du futur. Durant le voyage, il fait la connaissance de Luz une jeune femme qui se charge de lui greffer clandestinement les connections nécessaires pour se faire embaucher dans une de ces usines inhumaines…
La réussite du film d’Alex Rivera tient à ses qualités narratives et à l’intérieur de celles-ci au dosage qu’il établit et maintient tout du long, entre un réalisme saisissant et un récit de science fiction pure. D’un côté le film garde une force sociale et politique indéniable et de l’autre, il nous transporte dans le domaine d’une anticipation qui, pour terrifiante qu’elle puisse être, ne nous semble pas complètement étrangère. Cela donne un film hybride mais, curieusement d’un grande cohérence. Il est probable que le lien entre les deux univers, la misère qui frappe des paysans privés d’eau et le lancer d’engins télécommandés à la cruauté aveugle réside dans une image forte et persistante du film : l’alignement à perte de vue de ceux qui, comme des esclaves enchaînés, harnachés et connectés, commandent à distance, ces robots inquiétants.

"Sleep Dealer" n’est ni "Star Wars" ni " Blade Runner". C’est un film modeste et c’est la tentative réussie d’utiliser la science fiction pour raconter une histoire qui colle à notre époque. On y traite de la misère grandissante d’individus sacrifiés au bénéfice du profit, du problème de l’eau, du désarroi de ceux qui croient trouver ailleurs une vie meilleure et de ce futur où les frontières seront de plus en plus verrouillées et où les immigrants ne pourront plus pénétrer sur le territoire américain. Le fameux rêve se réduisant à une peau de chagrin et à un travail sur robots, au delà des frontières.
Francis Dubois

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