Actualité théâtrale

au Théâtre de la Colline

"Solness le constructeur" Jusqu’au 25 avril

Solness le constructeur n’est pas la pièce la plus jouée d’Ibsen. Il l’a écrite à plus de soixante ans, à son retour en Norvège après une vingtaine d’années d’exil. Il y est célébré comme un héros, mais en même temps vivement critiqué par la jeune génération qui veut imposer d’autres formes dramatiques. La pièce porte la trace des doutes et des interrogations d’Ibsen et s’étire parfois un peu trop avec une certaine lourdeur. Pourtant la mise en scène épurée d’Alain Françon et sa direction d’acteurs magnifique nous emporte dans un grand moment de théâtre.

Solness, architecte reconnu qui se rendit célèbre en construisant des églises, construit désormais « des foyers pour les hommes ». Il vieillit et côtoie dans son cabinet d’architecte le vieux Knut Brovik (Michel Robin), qui fut son maître et est désormais son employé, et le fils de ce dernier, Ragnar (Adrien Gamba-Goutard), bourré de talent et désireux de s’émanciper, mais en attente de reconnaissance. L’angoisse de Solness est justement dans cette jeunesse qui, il le sent, va le supplanter. Pour retarder ce moment, il va jusqu’à séduire la fiancée de Ragnar (Agathe L’Huillier). Et puis, dans cette maison triste, où autrefois s’est produit un drame, toujours ravivé par la présence de la femme de Solness (triste et résignée Dominique Valadié), arrive une jeune fille Hilde. Elle dit avoir connu Solness dix ans auparavant, elle affirme qu’il lui a dit qu’elle était sa princesse et qu’il lui construirait un château et elle vient lui demander de réaliser sa promesse. Extravagante et séductrice, elle enchante Solness, le pousse à oublier la culpabilité qui l’obsède, à retrouver ses ambitions de jeunesse en quittant le quotidien, à chercher à prendre de la hauteur et à se dépasser.

Dans un décor sobre et magnifiquement éclairé par Joël Hourbeigt, les thèmes de la pièce deviennent éclatants et poignants : la peur de vieillir, d’être dépassé et laissé sur le chemin par la jeunesse, le désir d’échapper à la lourdeur qu’apporte l’âge, en retrouvant l’élan de la jeunesse, le souci de lutter contre les pesanteurs du quotidien et contre le sentiment d’échec que l’on peut avoir au soir de sa vie, pour prendre de la hauteur et se réaliser.

Il faut saluer la justesse et la finesse de tous les acteurs qu’a dirigés avec un art consommé Alain Françon. On retiendra particulièrement Wladimir Yordanoff, qui donne à Solness toute la complexité du personnage imaginé par Ibsen. Cachant ses fêlures sous une armure d’homme égoïste, arrogant, cassant et manipulateur, il se révèle pourtant capable dans la seconde partie de se laisser, avec bonheur, entraîner par Hilde à l’assaut d’une nouvelle réalisation, dont une part de lui pressent qu’elle est vouée à l’échec. Adeline d’Hermy est Hilde. Elle arrive sur scène comme une tornade, séductrice, fantasque, extravagante. Elle électrise Solness et l’entraîne dans une rapide course à l’abîme. Et c’est magnifique !

Micheline Rousselet

Du mercredi au samedi à 20h30, le mardi à 19h30 et le dimanche à 15h30
Théâtre National de la Colline
15 rue Malte-Brun, 75020 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 44 62 52 52
www.colline.fr

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