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Un film de Coline Serreau (France)

"Solutions locales pour un désordre global" Sortie en salles le 7 avril

A la suite de sa rencontre avec Pierre Rabhi, qui, en pionnier, dès les années soixante, décida de développer un système expérimental d’agriculture biologique en Ardèche et qui, depuis 1981, transmet son savoir faire à travers le monde entier, Coline Serreau qui avait filmé quelques unes de ses actions, décida d’approfondir le sujet et d’étendre ses investigations. En Inde, au Brésil, en Ukraine, en Suisse elle entra en contact avec des gens qui proposaient des alternatives réalistes à notre système dangereux. Elle rencontra des théoriciens et des responsables de différents mouvements ainsi que des paysans, des anonymes porteurs d’idées nouvelles et de changements.

Il n’est pas inutile de répéter qu’un petit nombre des habitants de la planète concentre chaque jour plus de richesse alors que la majorité des populations s’appauvrit. Et c’est cette répartition injuste du pouvoir et des biens qui, en valorisant l’exploitation, la prédation et le profit, provoquent des problèmes écologiques et remet gravement en question notre sécurité alimentaire.
Coline Serreau ne juge pas. Elle met avec son film, chacun de nous face à la réalité des dégâts qui se multiplient et mettent, un peu plus chaque jour, la planète et ses ressources en péril. Elle informe sur l’existence, partout dans le monde de gens qui, sans se connaître, vont dans le même sens, ont une philosophie de vie et les mêmes pratiques respectueuses envers la terre nourricière.
Des solutions existent. Chacun de nous, à son niveau, peut devenir l’acteur d’une démarche salvatrice et Pierre Rabhi dit dans le film : "ceux qui sont en ville peuvent parfaitement se solidariser avec ceux qui sont à la campagne, et ainsi faire un pont par dessus toute la sphère affairiste".
C. Serreau montre à travers les témoignages qu’elle a réunis comment s’est produit un véritable génocide des paysans et comment, dans une logique de profit pour les industries chimiques et pétrolières, on est parvenu à éliminer les engrais naturels, tout ce que la terre et les animaux offraient gratuitement, pour les remplacer par de la chimie à outrance et, au final, éradiquer la biodiversité.
Les puissances industrielles ont mis fin à la liberté et l’autonomie des paysans, en interdisant les semences locales et en imposant à la place des semences non reproductibles qui ne poussent qu’avec des engrais et des pesticides, dans le seul but d’enrichir les industries semencières et pétrolières.
La terre est morte. Elle est devenue un désert encore virtuel grâce au pétrole. Mais qu’en sera-t-il lorsque le pétrole manquera ?
Il n’y a d’avenir que dans un "retour en avant", dans le retour des petites structures locales, dans une autonomie alimentaire, sans produits chimiques, qui garantisse notre subsistance. C’est ce que Vandana Shiva, physicienne et épistémologue, appelle la réinvention de la démocratie, celle qui permet de faire le lien sauf entre la terre et l’assiette.
Personne ne prône un retour à l’âge des cavernes mais tous veulent que soit reconnu le droit de se nourrir par nous-mêmes sans dépendre des marchands et des politiques.
Le cinéma multiplie depuis quelques années les films d’alerte. "Solutions locales…" prouve en plus qu’il existe des solutions tout en expliquant comment nos sociétés se sont enfoncées dans une crise écologique et comment, à pratiquer une politique de court terme et de profit, on court à notre perte.
"Si tout le monde vivait comme nous, français, il faudrait trois planètes. Mais si nous continuons avec un taux de croissance modéré, à l’échelon 2050, c’est 30 planètes, qu’il faudra" conclut Serge Letouche, professeur d’économie à Paris.
Francis Dubois

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