Autour du Jazz

« Something close to something », André Jaume quartet Transmettre pour faire fructifier l’héritage.

Un album qui se titre « Something close to Something », quelque chose près de quelque chose, se veut clin d’œil. Les notes de pochette lèvent un coin du mystère. En 1991, André Jaume, saxophoniste français et créateur du label CELP, avait produit un album intitulé « Something » avec Bill Stewart à la batterie, Anthony Cox à la contrebasse, Clyde Criner au piano et le très sous estimé Joe McPhee, saxo soprano et trombone à pistons. Un album joyeux, joyeusement classé dans le « free jazz » faute d’autre case.

Le quartet réuni l’an dernier est intergénérationnel. Deux « vieux », André Jaume lui-même aux saxophones et Alain Soler à la guitare et deux jeunes Pierre Fénichel, contrebasse et Antony Soler – le fils – à la batterie. Ironie et humour font ici bon ménage pour avoir la joie à la fois de jouer – dans tous les sens du terme – ensemble, de prendre de la distance par rapport à l’original sans rien renier pour autant. Toutes les références sont présentes, à commencer par Ornette Coleman, Jimmy Giuffre mais aussi tous ces fils invisibles de la mémoires – des mémoires – du jazz qui s’emmêlent, s’entremêlent pour créer cette ambiance très particulière, celle d’un jazz qui ne se refuse rien et moins encore la musique des Caraïbes ou des Antilles.

La musique danse. Les pieds s’agitent. Les pisse-froids qui disent haïr – oui, le terme n’est pas trop fort – le free jazz devrait écouter cet album. Ils en seraient tout désorientés.

Jazz : A. Jaume

Notre plaisir est décuplé. Par le plaisir qui transpire ici, par la fusion des générations pour ne rien oublier, tout transmettre et, surtout, pour une musique qui se sent libre de tout essayer, de tout tenter. Malgré l’âge, malgré tout. Le message est clair : « Nous sommes vivants et aucune marchandise ne nous prendra dans ses rets. » Cette musique est belle, souple, dure, rieuse et elle se dresse contre un temps qui n’accepte que le tout cuit et emballé, le même pour tout le monde. Libre nous dit-elle, fraternelle ! A consommer sans modération.

Nicolas Béniès.

« Something close to something », André Jaume quartet, Label Durance distribué par Orckhêstra International.

Autres articles de la rubrique Autour du Jazz

  • « Invitation au voyage »
    Il est des albums qui disent tout ce qu’il faut savoir sur la pochette : « The Greenwich Session by Luigi Grasso, Invitation au voyage. » Luigi Grasso est saxophoniste, arrangeur et chef d’orchestre... Lire la suite (19 septembre)
  • « The Window »
    Jazz, Immédiatement, en écoutant ce duo voix -Cecile McLorin Salvant-, piano -Sullivan Fortner- , j’ai pensé à Ella Fitzgerald/Ellis Larkins (un de ces pianistes qui brillent dans cet art singulier,... Lire la suite (19 septembre)
  • "Smart grid"
    Dans ce monde construit sur l’éphémère, le versant de l’accélération du temps, il est nécessaire, vital de se permettre d’entendre les murmures du temps, de revenir vers ses mémoires et ses filiations.... Lire la suite (16 septembre)
  • « Hommage à la musique de Miles »
    « Hommage à la musique de Miles » est un titre d’album qui suscite d’abord le rejet. Encore Miles, toujours Miles ! Le cordon ombilical est fait d’un bois dont on ne fait pas de flûtes. Même Alexandre... Lire la suite (7 septembre)
  • « Cinéma invisible »
    Ils étaient deux, trois peut-être. Le pianiste, Stephan Oliva, le producteur, Philippe Ghielmetti, amateur de jazz et de cinéma, aimant les projets étranges, et Stéphane Oskeritzian, monteur en ondes... Lire la suite (6 septembre)