Autour du Jazz

Vues de l’espace

« Sons of love », Thomas de Pourquery Supersonic

Que faire lorsqu’un premier album devient « Meilleur Album de l’Année » aux Victoires du Jazz 2014 ? Dissoudre le groupe et aller voir ailleurs si la musique est plus étrange est une des solutions possible. Thomas de Pourquery y a songé pour son groupe « Supersonic » qui avait repris des compositions de Sun Ra dans le bien nommé « Play Sun Ra ». En réaliser un deuxième était un rêve de producteur mais pas celui du saxophoniste alto/chanteur qui voulait vivre de nouvelles aventures.

Jazz : supersonic

Il raconte un rêve, un rêve de compostions avec ses amis de son groupe. Il entendait le son des instruments comme venu de cet ailleurs recherché, d’un espace différent pour organiser d’autres rencontres, d’autres organisations de ce sextet. Il faut dire que Edward Perraud est un batteur étrange et engagé, Arnaud Roulin, un pianiste qui s’inscrit dans tous les contextes, Frederick Gallay un maître du temps à la contrebasse, Laurent Bardainne au saxophone ténor dessine un alter ego de Thomas, Fabrice Martinez un trompettiste qui joue avec le silence – tout comme Miles Davis – pour habiter les compositions du leader. Chacun est soit vocaliste, soit utilise l’électronique pour construire un environnement propice à la mise en valeur d’un son collectif. La référence à Sun Ra n’est pas épuisée en témoigne les titres comme « We travel the space ways » ou « From planet to planet » qui permettent d’offrir de nouveaux points de vue.

« Sons of Love », fils de l’amour mais aussi, pour ne pas résister au jeu de mots facile, les sons de l’amour pour se réinventer. Comme d’habitude, Thomas de Pourquery peut céder à l’attrait de la chanson « facile » comme dans « Slow Down » qui fait, en plus penser à quelques airs sunraniens entendus sur scène. Pour dire que dans ce style il est difficile de couper tous les ponts. Ainsi Laurent Bardainne, dans le titre éponyme, « Sons of love », prend comme modèle plus John Gilmore que Coltrane…

Une belle énergie fraternelle fait de cet album un de ceux qu’il faut entendre.

Nicolas Béniès.

« Sons of love », Thomas de Pourquery Supersonic, Label Bleu distribué par l’Autre Distribution.

Autres articles de la rubrique Autour du Jazz

  • « Rhapsodie », Gaëtan Nicot Quartet
    Les pianistes d’aujourd’hui sont soumis à des vents d’influence qui soufflent follement. Difficile de les ignorer. Tempêtes, orages que sont Bill Evans et Keith Jarrett en particulier ou les... Lire la suite (9 janvier)
  • « Intermezzo »
    Sarah Lancman avait défrayé la chronique avec un premier album. « Intermezzo », un titre adapté au deuxième album qu’elle signe, est une rencontre avec le pianiste Giovanni Mirabassi pour un répertoire... Lire la suite (8 janvier)
  • « Les disques de la Victoire, American Army V-Discs 1943-49 »
    Le 75e anniversaire du débarquement a suscité une débauche de manifestations pour glorifier la Libération. La musique a été oubliée de même qu’un travail de mémoire pourtant toujours utile. Plutôt que de... Lire la suite (Décembre 2019)
  •  Woody Herman, New York, Hollywood, Monterey
    La collection « Quintessence » dirigée par Alain Gerber (Frémeaux et associés) fait toujours la preuve d’un choix affiné dans la présentation d’un artiste partie prenante des mondes du jazz. La... Lire la suite (Décembre 2019)
  • Thomas Mayeras trio « Don’t Mention It »
    Un trio piano, Thomas Mayeras, contrebasse, Nicola Sabato – digne représentant de ses aînés, Ray Brown en particulier -, batterie, Germain Cornet – héritier du batteur Charles « Lolo » Bellonzi -, du... Lire la suite (Décembre 2019)