Actualité théâtrale

Théâtre de la Ville, Les Abbesses, jusqu’au 1er décembre 2013.

"Sophonisbe" de Corneille Mise en scène Brigitte Jaques-Wajeman.

Fille du Général Astrubal, la Princesse carthaginoise Sophonisbe a dû renoncer à son amour pour Massinisse, le roi de Numidie orientale, pour épouser Syphax, le vieux roi de Numidie occidentale.

Syphax s’est rallié à la cause carthaginoise tandis que Massinisse est devenu l’allié des romains.

Les deux rois sont prêts à l’affrontement mais Carthage, depuis longtemps en guerre contre Rome, est en état de faiblesse.

Sophonisbe pousse Syphax à poursuivre le combat, malgré tout, et à refuser l’offre de paix de Rome.

Lorsque Sophonisbe apprend que Massinisse est sur le point d’épouser Eryse, la reine de Gétulie, elle fait capturer celle-ci et renaître de ses cendres l’amour que Massinisse n’a cessé de lui porter.

Elle l’épouse mais l’union est désavouée par les romains qui imposent leur volonté à tous.

Sophonisbe choisira le suicide pour ne pas se soumettre aux vainqueurs.

Brigitte Jaques-Wajeman qui fut l’élève d’Antoine Vitez et joua dans plusieurs de ses spectacles, a coupé court à une carrière de comédienne pour fonder la Compagnie Pandora avec François Regnault, et se consacrer à la mise en scène, avec une nette préférence pour les textes classiques dont ceux de Corneille.

Au cours de la saison 2011-2012, elle présente au théâtre des Abbesses "Nicomède " et "Suréna" deux textes très peu souvent montés de Corneille et entame un travail de longue haleine sur ce qu’elle appelle les pièces "coloniales".

Cette saison, et depuis le 13 novembre, elle propose, suivant cette même ligne et toujours au Théâtre des Abbesses "Pompée " et " Sophonisbe" présentées jusqu’au 1er décembre, en alternance.

Elle espère achever le cycle avec la mise en scène de "Sertorius" et présenter par la suite, la série dans sa continuité.

Sa mise en scène de "Sophonisbe" restitue au texte de Corneille toute la force de l’intrigue et son élégance, le balancement et la précision des vers. La parfaite diction des comédiens et l’efficacité de leur jeu dramatique révèle un travail minutieux autour de la versification jusqu’au respect des liaisons entre les mots.

Cette détermination à donner au texte toute la rigueur de l’écriture ne pèse jamais sur le spectacle qui, au contraire, bénéficie d’une sorte de légèreté quand Brigitte Jaques-Wajman joue ici et là avec d’audacieuses mais non excessives ruptures de ton ; sortes d’incartades, qui, pour être les bienvenues et ne jamais sortir du "cadre", prouvent l’exigence et la tenue de la mise en scène générale.

Le minutieux travail sur les costumes, robes intemporelles aux couleurs chatoyantes pour les

comédiennes, tenues disparates et vaguement "militaires" pour les comédiens avec un écart pour Massinisse de blanc vêtu, façon mauvais garçon, est d’un grand raffinement.

La musique rare et discrète met une touche finale à l’élégance de la pièce dont l’intrigue se déroule autour d’une simple grande table et de quelques sièges recouverts de brocart.

Magnifique.

Francis Dubois

Théâtre de la Ville. Théâtre des Abbesses 31, rue des Abbesses 75 018 Paris

Réservations : 01 42 74 22 77

www.theatredelaville-paris.com

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