Actualité théâtrale

Jusqu’au 18 mai au Théâtre Le grand Parquet

« Sortie d’usine » Nicolas Bonneau

C’est une immersion dans le monde ouvrier que nous propose Nicolas Bonneau. Enquêteur, auteur, conteur et comédien, il nous emmène dans les Deux-Sèvres, à la rencontre de Gilbert Simoneau, soudeur retraité et de sa femme Catherine, ouvrière dans la confection. Mais on rencontre aussi Philippe, le délégué syndical CGT, les collègues de Gilbert, son père, ancien tuilier, et tout un monde de bruits et d’odeurs, celui de l’usine. Á travers leur histoire, leur vie au travail, c’est aussi l’organisation capitaliste de l’entreprise et les diverses formes de résistance ouvrière que l’on découvre.

Se demandant pourquoi son père avait, au bout de 35 ans, arrêté son métier de soudeur, Nicolas Bonneau s’est fait sociologue. Il est parti voir l’usine, l’écouter, la sentir, parler avec les ouvriers de leur travail, de leur vie, de leurs espoirs et de leurs peurs, de leur humiliation et de leur fierté. Il a su dépasser leurs résistances, réveiller leur parole, l’écouter, la mettre sur scène. Il est le comédien qui enquête, l’ouvrier qui raconte, mais il fait aussi vivre l’usine. Seul sur scène, il incarne le mouvement des diverses machines de l’atelier de soudure, celles qui percent, celles qui plient, qui ajustent, les tours, les fraiseuses, et il recrée à la perfection les bruits secs et répétitifs de la machine à tricoter de l’usine de confection. Et c’est le monde ouvrier qui vit sous nos yeux avec son évolution, le temps qui fuit, les combats ouvriers.

Nicolas Bonneau passe avec fluidité d’un registre à l’autre. Le départ pour l’usine, à cinq heures du matin, peut être traité sur un mode poétique, avec l’apparition de la masse énorme de l’usine dans la nuit ou de façon drôle avec l’hébétude du réveil et la radio qui débite les infos. Comme dans la vie on passe de moments pesants, « L’usine, c’est la mort », à des moments drôles où la lutte des classes prend l’allure d’une blague de potache. Il passe de la description des lieux, sur un rythme sec et rapide, à la parole ouvrière avec sa vivacité, ses formules percutantes et son humour. Dès l’introduction on est dans ce mélange, quand Nicolas Bonneau présente, en trois minutes, une vaste « synthèse » qui va de la Révolution à la Résistance en passant par la Commune, Marx et Rosa Luxembourg !

Jouant tour à tour tous les personnages, il est hallucinant quand il incarne les machines, on les entend souffler, claquer, siffler. Chaleureux quand il est Gilbert ou sa femme il devient brouillon et hyperactif quand il est le délégué syndical qui répète « ça, il faut que tu en parles dans ton spectacle ». Toujours en empathie avec ses personnages, il arrive à faire vivre le monde ouvrier et son évolution, en partant de leur parole.

Micheline Rousselet

Jeudi, vendredi et samedi à 20h, le dimanche à 15h (Relâche exceptionnelle le samedi 17 mai)

Le Grand Parquet

35 rue d’Aubervilliers, 75018 Paris

Réservations : 01 40 05 01 50

Se réclamer du Snes et de cet article : demande de partenariat Réduc’snes en cours

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