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Un film de Fatih Akin (Allemagne-France)

"Soul Kitchen" Sortie en salles le 17 mars 2010

Zinos dirige, dans la banlieue de Hambourg, un restaurant sans prétention gastronomique que fréquente une clientèle d’habitués peu exigeants sur le contenu des assiettes. Une vie sans histoires jusqu’au jour où sa petite amie lui annonce qu’elle part s’installer à Shanghaï pour son travail. Tenu de rester à Hambourg où le retient la gestion de son établissement, il est impossible à Zinos de la suivre. A peine s’est-il fait une raison de sa séparation d’avec la femme qu’il aime qu’un autre événement vient bousculer sa vie : son frère Illias, récemment sorti de prison et qui doit justifier d’un travail, lui demande de l’embaucher dans son restaurant. Or, le nouveau chef que Zinos a recruté, adepte d’un cuisine raffinée, voit la clientèle déserter le "Soul Kitchen".
Le nouveau film de Fatih Akin, comédie légère riche en personnages hauts en couleurs et en rebondissements conduits à un rythme effréné, n’est pas sans un fond d’amertume. Il se mêle, dans la peinture attachante de cette petite communauté vibrante, tout ce qui peut livrer les personnages tant aux bonheurs passagers sans ombre qu’aux méchancetés imprévisibles ou insistantes de la vie.
On se retrouve avec "Soul Kitchen" dans une sorte de cocon constitué par la famille et les amis, dans un dédale de sentiments contrastés qui va de la fidélité à la trahison, une sorte de terrain de jeu et d’aventure, un endroit qui se prête aussi bien à accueillir le pire que le meilleur.
Mais le ton n’est jamais à l’épanchement et le rythme du film, la musique omniprésente, semblent veiller au grain pour que les choses aillent sans cesse de l’avant, produisant dans une sorte de désordre narratif très organisé, un vertige salutaire qui maintient l’impression qu’on est sans cesse, dans une tonalité à la fois drôle et toujours à deux doigts de la tragédie.
Les personnages des deux frères qui dominent le film résistent à leurs penchants néfastes avec une candeur qui les expose et les protège à a fois. Les dérapages de l’un rejaillissent en force sur l’autre et il se dégage du film, à cause d’eux et de la profonde et inébranlable complicité qui les unit dans l’épreuve, un optimisme qui gagne tout le récit et que vient confirmer le personnage secondaire, angélique mais crédible, de la douce et efficace kinésithérapeute ou celui de la rude serveuse convertie à la douceur quand elle tombe amoureuse.
"Soul Kitchen" est un film visuel qui souvent se déconnecte du langage. Le personnage de Zinos que sa hernie discale fait tant souffrir, en se déplaçant péniblement et en marchant de travers renvoie parfois aux film muets, aux personnages touchants et drôles de Keaton ou Chaplin.
Francis Dubois

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