Actualité théâtrale

Théâtre de la Commune d’Aubervilliers, jusqu’au 28 janvier

"Sous l’œil d’Œdipe" D’après Sophocle et Euripide. Mise en scène de Joël Jouanneau

Deux familles ont marqué le théâtre grec. Celle des Atrides a eu son poète Eschyle qui traça son histoire dans "L’Orestie" et celle, plus obscure des Labdacides dont Sophocle a ouvert et clos le destin dans "Œdipe-roi", "Œdipe à Colonne" et "Antigone".
"Sous l’œil d’Œdipe " est un texte qu’a écrit l’auteur et metteur en scène Joël Jouanneau, dans lequel il retrace le destin tragique des enfants de Labdacos. Son objectif était de comprendre de l’intérieur ce qu’était une malédiction et quelle était la part de chacun dans l’écriture de son destin. Pour cela il s’est servi des textes parfois contradictoires de Sophocle et d’Euripide ainsi que celui de l’auteur grec contemporain Yannis Ritsos.
Et c’est Ismène, seule survivante du clan qui lui a servi de guide pour pénétrer dans le palais interdit.
Tout commence au moment où la vérité éclate. Lorsque Œdipe découvre qu’il a tué son père et partagé la couche de sa mère. C’est de cette union condamnée que sont nés Antigone, Ismène, Polynice et Etéocle. Devenu paria et aveugle, Œdipe connaît l’exil et l’abandon.
La rivalité entre les deux frères Polynice et Etéocle engendre le drame prochain. Elle se consume sous le regard vigilant d’Ismène et d’Antigone, l’une aveuglée par son devoir, l’autre qui, avec des propos conciliants, tente d’éviter le pire et ce qui s’en suivra.

© Mario Del Curto

"L’œil d’Œdipe " se compose de quatre épisodes qui tentent de décrire les traces restantes d’un mythe sans âge. La liberté d’écriture de Jouanneau se fait au prix non pas d’une trahison frontale mais d’une vision parfois sacrilège. C’est ainsi que des personnages ont disparu tels Créon ou Hémon, que d’autres au contraire s’y sont ajoutés : Cadmos, Eumènide, que les Dieux ne son plus là pour résoudre la tragédie des Labdacides…
Joël Jouanneau a opté pour une narration fluide, parfois excessive dans la violence et dans les affrontements, parfois à hauteur d’homme quand il s’agit des arguments d’Ismène pour ramener ses frères à la réconciliation, parfois dans une dérive emphatique quand Antigone demeure inflexible. Et c’est à la manière d’une simple saga qu’il traite cette histoire de conflits, de rivalité, qu’il met en face à face les visions différentes des uns et des autres.
Et lorsqu’il introduit, à la fin de sa pièce le personnage du gardien chargé de révéler que Polynice a eu une sépulture, nous sommes, avec Jacques Bonnafé qui l’interprète, dans la forme contemporaine du one man Show.
Joël Jouanneau s’est entouré de comédiens très complices ainsi Philippe Demarle ou Bonnaffé et certains de ceux qu’il avait dirigés autrefois sur des textes de Lagarce.
Un spectacle réjouissant face auquel les puristes seront sans doute critiques…
Francis Dubois

Théâtre de le Commune.
2, rue Edouard Poisson. 93 304 Aubervilliers.
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 48 33 16 16 ou www.theatredelacommune.com

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