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Un film d’Agnieszka Holland (Allemagne-Pologne-Canada)

"Sous la ville" Sortie en salles le 10 octobre 2012

A Lvov, en Pologne, en 1944, les nazis ordonnent l’épuration du ghetto.

Pour échapper aux arrestations, des habitants creusent des tunnels sous leurs maisons pour accéder aux égouts. C’est là, dans une humidité permanente, dans les mauvaises odeurs, au milieu des rats, qu’ils tentent d’organiser une vie.

Léopold Socha, un employé municipal qui connaît parfaitement le labyrinthe des égouts les surprend. Il flaire la bonne affaire. Il accepte de "couvrir" leur présence et de les ravitailler contre une dîme quotidienne.

Mais petit à petit, l’étau se resserre et Léopold Socha, en protégeant "ses juifs" va mettre sa vie et celle des siens en danger.

On pouvait penser que tout avait été dit sur le sujet mais pour Agnieszka Holland, la réalisatrice d’ "Europa, Europa" , le plus grand mystère n’a pas été résolu et surtout, il a été, à ce jour, insuffisamment exploré.

S’appuyant sur l’ histoire vraie de ce polonais qui a caché un groupe de juifs du ghetto d’abord par pur intérêt, puis, s’étant certainement attaché aux personnes, par humanité, elle réalise une grande œuvre oppressante où elle interroge sur les limites extrêmes de la nature humaine et sur l’existence de Dieu.

Ces événements dont les échos se retrouvent dans différents endroits du monde, du Rwanda à la Bosnie en passant par la Syrie ou le Mali, sont-ils à chaque fois des exceptions dans l’histoire de l’humanité ou bien révèlent-ils une profonde et sombre vérité sur notre nature ?

La force du film d’Agnieszka Holland tient en plusieurs points. Beaucoup de scènes ayant été tournées dans les égouts ou dans des décors reconstituant un labyrinthe de tunnels, "Sous la ville" est à l’image de la luminosité ambiante. Dans une pénombre où il est à peine possible de distinguer les visages, apparaissent çà et là les lumières des torches ou d’une bougie qui ont la valeur symbolique de l’espoir et apparaissent comme le mince lien avec l’extérieur, la liberté et la vie, la ville juste au-dessus…

L’atmosphère générale sombre et oppressante serait insupportable à regarder si ne s’organisait dans cet espace exigu et insalubre, une vie encore possible.

L’instinct de survie permet au groupe de clandestins de s’organiser autour du charismatique Mundek, de trouver la force de restituer les gestes et les réflexes quotidiens en les adaptant aux circonstances.

Les conflits, les rivalités, les attirances physiques retrouvent leur place. Et si ces fonctionnements humains, avec "la sagesse" et non pas la résignation, sont le moteur de cette existence pour le monde adulte, la force instinctive est lisible, à un autre niveau, dans le comportement des enfants à qui l’innocence épargne le pire et qui parviennent à faire de cet enfer un endroit de jeux, un lieu où exprimer sa tendresse filiale.

Il fallait, et cela la réalisatrice le réussit, exprimer les conditions de vie et explorer ce monde souterrain d’une manière originale, réaliste, humaine et intimiste. Il fallait également maintenir une tension qui fasse qu’on s’attache progressivement à l’histoire réduite par l’exiguïté et la pénombre, et que le spectateur s’identifie au qui-vive permanent auquel sont soumis les protagonistes.

La dynamique du film est bâtie sur le contraste des deux personnages clés Socha et Mundek, sur les deux mondes qu’ils représentent et qui finiront, portés par les circonstances, par n’en faire qu’un, quand il leur faudra s’unir pour survivre.

Agnieszka Holland a réalisé un film de facture classique qui reste dans la rigueur et échappe à tout épanchement sentimental. Une œuvre qui sert d’autant mieux la mémoire qu’elle est sobre et qu’elle échappe à la "démonstration".

Francis Dubois

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