Lectures : littérature, poésie, polars, essais, revues

Spécial James Lee Burke.

Dave Robicheaux, flic de Louisiane, est le personnage clé de l’œuvre de James Lee Burke, son double plus sans doute que ses autres personnages. Robicheaux c’est la Nouvelle-Orléans, sa corruption, ses ouragans – Katrina a laissé des traces durables – aussi sa musique bien sûr, le jazz, le blues particulier de la Ville et sa générosité dans la violence et la sauvagerie. Burke a construit un personnage représentatif de la Ville, Clete Purcell. Trop pur, trop violent, alcoolique, rempli du sentiment naïf, évident de la fraternité. Un personnage entier qui ne fait la part de rien, loin de tout compromis. On aimerait le rencontrer. Il est possible de réaliser ce rêve entre les pages de ces romans de James Lee Burke.

Polar : James Lee Burke

Dave - « Belle Mèche » -, Clete font partie de nos compagnons depuis de trop nombreuses années. Ils continuent de nous ouvrir des portes insoupçonnées pour nourrir notre imaginaire. Tout en nous permettant de lire la réalité de ces curieux États-Unis et plus encore de cette Louisiane où les traces françaises sont encore présentes via les Cajuns et les Créoles.

Le dernier opus, intitulé sobrement « Robicheaux », n’est pas seulement une sorte d’adieu, c’est aussi un portrait d’un personnage vieillissant qui voit le passé resurgir derrière les forêts, les buissons, le fleuve, les bayous. La guerre de Sécession (1861-1865) a structuré les paysages de la Louisiane. Il propose aussi un retour sur des enquêtes restées sans solution, dont les hypothèses sont revues sans pour autant conclure.

Le portrait aussi d’un pays secoué toujours par le racisme, la corruption, le crime sans que des solutions apparaissent. La Nouvelle-Orléans est toujours outragée par Katrina (2005) et la ville est en train de changer. Un nouveau type de politicien apparaît lié aux différents lobbies, qui joue avec le racisme et tous les préjugés. Facile de penser à Trump qui exerce une sorte de fascination sur Burke, visiblement. Clete est plus réticent.

Pour autant, le style est toujours dur, âpre et ne laisse aucun répit, même si un peu de bienveillance – l’air du temps sans doute – se laisse glisser entre les lignes. Point trop n’en faut, Burke n’a rien perdu de sa hargne ni de sa colère.

Pour se faire une idée des évolutions du contexte, comme des changements de style, Rivages réédite en poche « La pluie de néon », la première enquête de Robicheaux et « Black Cherry Blues » sur les guerres autour des réserves de gaz naturel sur le territoire des Black Foot. Chez Burke, mélange de fantastique, de rêves, de souvenirs du passé inscrits dans le présent et d’un réalisme cru à vous glacer les os.

Nicolas Béniès

« Robicheaux », James Lee Burke, traduit par Christophe Mercier ; « La pluie de néon », « Black Cherry Blues », James Lee Burke, traduit par Freddy Michalski, Rivages/Noir

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