Actualité musicale, chanson...

Spécial Samuel Blaser.

L’actualité discographique est ainsi faite qu’il arrive plusieurs nouvelles d’un même musicien sur des labels différents. C’est le cas de Samuel Blaser, tromboniste né à La Chaud-de-Fonds en Suisse, lieu de villégiature de Sidney Bechet – qui avait plusieurs maisons et plusieurs familles – comme de Kenny Clarke. Des références, même si le jeune musicien a fréquenté les conservatoires et a récolté une multitude de prix. Il a joué aux côtés de Phil Woods, Clark Terry, a été brièvement engagé dans le Vienna Art Orchestra, puis est parti étudier à New York. Il a remporté le prix Jay Jay Johnson, le tromboniste de référence. Ce n’est pas rien.

Je trouve tous ces renseignements dans les notes – en anglais – de la pochette du dernier opus du tromboniste, « Boundless Suite », une suite sans limite et le titre dit bien le contenu de cette musique composée par Blaser.

Son jeu, sa sonorité, est un collage entre les trombonistes de jazz – Jay Jay Johnson bien sûr, mais aussi les trombonistes de la Nouvelle Orléans comme Kid Ory, ceux des fanfares – et un jeu de trombone classique venant de la manière de jouer de la musique dite baroque. Musique baroque et le jazz sont deux musiques sans nom. Qui se ressemble s’assemble.

C’est ce qu’il a tenté de faire dans un album – son cinquième – qu’il a réalisé en compagnie du batteur désormais légendaire Paul Motian – qui a joué avec Bill Evans au début des années 60 et qui n’a eu de cesse de décoiffer toutes les habitudes. Russ Losing, pianiste contemporain, conserve l’épure de la pulsation du jazz, peut-être grâce à Motian qui fait autre chose que de battre le temps, il le transporte, vient ajouter son grain aux arrangements de Blaser sur ces thèmes en grande partie de Monteverdi. Thomas Morgan, bassiste, assoit l’ensemble. Un quartet qui fonctionne. « Consort in Motion », est à la fois jeu de mots sur Motian et volonté d’aller voir ailleurs si le trombone n’y est pas. Les compositeurs baroques en bleuissent, tout en riant à cette sauce à laquelle ils sont « arrangés », pour nous permettre de les redécouvrir et de trouver une nouvelle voie pour régénérer la musique d’aujourd’hui. Une musique de collages, qui ne se refuse rien, construisant, peut-être, une musique informelle qu’Adorno appelait de ses vœux. Le monde des arts pourrait ainsi sortir de ce postmodernisme teinté de libéralisme qui a pourri toutes les capacités créatives.

Donnée en public, sa « Boundless suite » permet d’entendre un nouveau quartet. Le pianiste a été remplacé par un guitariste, Marc Ducret en l’occurrence, condensé de la violence du rock et de la révolte du jazz. Gérald Cleaver, batteur dont on parle beaucoup en ce moment, donne une pulsation différente de celle de Motian, et Bänz Oester est le bassiste. Une musique en mouvement, pleine de toutes les contradictions de notre monde, qui nous parle à certains moments pour s’éloigner de ce que nous connaissons à d’autres. Une heure de dépaysement pour une musique qui ne permet pas de faire autre chose. Nous suivons les méandres de cette création pour nous interroger sur le monde tel qu’il est. Et il ne nous plaît pas ce monde, mais la musique de Blaser essaie de faire découvrir de nouveaux horizons. On ne taira pas le fait que des instants de remplissage existent, mais c’est le prix – faible – à payer d’un enregistrement public. L’envers, c’est que nous participons à cette performance. Il ne faut pas s’attendre à une musique facile, mais cet hermétisme est sans aucun doute un facteur de durée.

Nicolas Béniès

Samuel Blaser/Paul Motian, « Consort in Motion », Kind Of Blue Records, distribué par Socadisc ; Samuel Blaser quartet, « Boundless », HatOlogy distribué par Harmonia Mundi.

 

Autres articles de la rubrique Actualité musicale, chanson...

  • Festival de musique de Besançon-Franche Comté
    Cette notice complète la présentation de ce festival de musique classique, publiée dans le cahier "spécial festival" de l’US Mag 771 du 10 juin (S’évader pour se retrouver) Créé en 1948, complété par... Lire la suite (30 juillet)
  • Festival Mots en liberté
    Comme nous l’indique son président, Jacky PETIT, « le quatrième festival de Saint Cirgues en Montagne ne saura pas démentir le projet initial de l’ association " Mots en Liberté". Les artistes qui,... Lire la suite (18 juillet)
  • "Live, Tribute to Erroll Garner" Pierre Christophe quartet
    Cette citation de Boris Vian pour dire la place essentielle d’Erroll Garner. Cet autodidacte, un fait rare dans les mondes du jazz contrairement à une idée répandue, a été incapable de jouer deux fois... Lire la suite (16 juillet)
  • "Puente Atlántico"
    Un pont musical entre France et Guatemala, au service d’une cause chère à nous tous, l’éducation pour tous. Depuis le Guatemala nous arrive un son très estival, très festival, qui fait un pont entre... Lire la suite (30 juin)
  • « Exils… » concert du Trio Serge Utgé-Royo
    Le grand poète et chanteur Serge Utgé-Royo, de la trempe d’un Léo Ferré qui le programma –tout jeune- en première partie de concerts, que nous avons déjà présenté à l’occasion de sortie d’albums ou... Lire la suite (13 juin)