Actualité théâtrale

Jusqu’au 26 mars au Théâtre de La Colline

« Splendid’s »

Sept gangsters sont retranchés, avec un flic qui les a rejoints, au septième étage d’un palace, le Splendid’s. Ils ont enlevé puis, sans véritable intention, étranglé la fille d’un millionnaire. Assiégés par la police, ils n’ont plus de munitions, plus d’eau. L’issue ne fait aucun doute. Ils sont là tous les sept avec leurs peurs, leurs jeux de séduction qui se transforment en jeux de massacre, sous le regard du flic qui a quitté son camp, parce qu’il ne voulait plus « aller plus loin et travailler pour les bourgeois » et qui s’apprête à les trahir eux aussi.
Théâtre : Splendid's
C’est adolescent qu’Arthur Nauzyciel a découvert Jean Genet, avec la mise en scène des Paravents par Patrice Chéreau et il est resté fasciné par son écriture. Splendid’s a été écrit par Jean Genet en 1948, au moment où il a quitté le monde du crime et la prison avec le sentiment d’avoir trahi ses copains de prison. Lui restera toujours la fascination pour le mal et la trahison et pour les assassins, surtout s’ils sont beaux, mais il en nourrira désormais son écriture. Splendid’s s’inscrit dans cette thématique. Proche d’un poème, la pièce relève plus du cauchemar que de la réalité. Arthur Nauzyciel a choisi de faire précéder la pièce de la projection du seul film réalisé par Genet, un film muet Un chant d’amour, un film qui fit scandale et fut longtemps invisible. Ce film met en scène deux prisonniers fous de désir chacun dans leur cellule, sous l’œil d’un maton qui lui-même devient désirant et voyou. La pièce arrive parfaitement en écho du film. Le flic de la pièce, fasciné par ces gangsters tout droit sortis d’un film noir hollywoodien, n’hésitera pas à les abattre, quand ils redeviendront des hommes en proie à la peur, se faisant passer pour un héros par la même occasion.
L’espace évoque un couloir d’hôtel avec une succession de portes et un angle qui empêche de voir qui va tirer sur qui. Tout le monde tient en joue tout le monde avec sa mitraillette les attirances évoluant. Arthur Nauzyciel, qui a travaillé plusieurs fois aux Etats-Unis ces derniers temps, a voulu continuer à travailler avec les acteurs américains qu’ils connaissaient. Il leur a adjoint un acteur français, Xavier Gallais. Dans la pièce les personnages semblent changer d’identité, les gangsters sont tentés de se plier à la justice, le policier de devenir un voyou. Changer de langue, cela revient aussi à brouiller les identités. La pièce est donc interprétée en anglais, le texte de Genet apparaît en surtitrage et la voix off de Jeanne Moreau commente à la radio l’assaut mené par la police. La parole circule d’un homme à l’autre empreinte d’une poésie vénéneuse et c’est fascinant.

Micheline Rousselet

Du mercredi au samedi à 20h30, le mardi à 19h30 et le dimanche à 15h30
Théâtre National de la Colline
15 rue Malte-Brun, 75020 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 44 62 52 52

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Mademoiselle Molière »
    C’est dans l’intimité d’un couple célèbre, Molière et Madeleine Béjart que nous invite le dramaturge Gérard Savoisien. On est en 1661, le succès de Molière a été reconnu par le Roi et il est invité à jouer... Lire la suite (11 septembre)
  • « Et si on ne se mentait plus »
    C’est chez Lucien Guitry, au 26 place Vendôme, que se rencontraient, au tournant du XXème siècle pour déjeuner tous les jeudis, ceux qu’Alphonse Allais avait baptisés « les mousquetaires » et qui... Lire la suite (10 septembre)
  • « Pour le meilleur et pour le dire »
    Imaginons une femme hypersensible qui sort d’une histoire d’amour ratée avec un pervers narcissique et qui rencontre un homme vulnérable, amoureux fou d’elle mais qui n’arrive pas à lui confier ses... Lire la suite (6 septembre)
  • « Asphalt jungle »
    Deux hommes désœuvrés sortent de scène à tour de rôle pour frapper quelqu’un. On ne voit pas la victime, on entend juste les coups et les gémissements. Ils demandent ensuite au troisième, un de leurs... Lire la suite (4 septembre)
  • « Tendresse à quai »
    Une jeune femme en tenue de cadre est assise à une table sur un quai de gare. Elle lit un recueil de poèmes de Mallarmé. Un homme arrive et s’assied à une table voisine, l’observe, se dit qu’il a le... Lire la suite (3 septembre)