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Un film de Saeed Al Batal et Ghiarh Ayoud (Liban-France-Allemagne)

« Still Recording » Sortie en salles le 27 mars 2019.

En 2011, Saeed a vingt ans. Étudiant ingénieur, il quitte Damas pour Douma et pour participer à la révolution syrienne. Quelque temps plus tard, il est rejoint par son ami Milad, étudiant aux Beaux-Arts à Damas. Alors que dans Douma libérée par les rebelles l’enthousiasme révolutionnaire gagne la jeunesse, la guerre éclate...

Pendant plus de quatre ans, Saeed et Milad vont filmer le quotidien de la ville rythmé par les bombardements, le spectacle des enfants qui grandissent et errent dans les ruines, les snipers à l’affût, la mort au bout de leur canon, la mort au coin de la rue, la jeunesse, la folie, la débrouille, un monde décalé qui doit composer avec le pire.

" Still recording " est la radiographie d’un territoire insoumis, un regard terrible sur la guerre dans un mouvement de cinéma et d’humanité.

Cinéma : Still recording

Le film qui fait état de la guerre dans toute son horreur pose de nombreuses questions.

Il été réalisé par deux jeunes gens qui se posent en reporters mais également en artistes et leur regard frontal, sans précaution, donne des images au plus vrai de la vérité, souvent difficiles à soutenir.

Il est probable que se pose le problème de la surabondance de documents saisissants qui déclenche chez les consommateurs d’images que nous sommes une saturation d’information soucieuse d’être la plus spectaculaire (et la plus vraie) possible.

Peut-être parce que nous y sommes quotidiennement confrontés, les images percutantes pourraient avoir un impact moindre sur les spectateurs. Les images d’une ville dévastée, l’alignement de corps en attente d’une sépulture, ceux qui jalonnent les rues et qu’il « faut enlever avant qu’ils pourrissent » correspondent à la réalité quotidienne des populations dont il est difficile de mesurer le degré d’horreur quand on est installé dans son fauteuil de cinéma ou dans son salon. L’horreur est autant dans l’horreur des images que dans le fait de se dire qu’on est tellement habitués à des reportages saisissants qu’il ne nous dérangent plus vraiment et ne nous délogent plus de notre confort. Prend-on réellement la mesure de ce qu’est le quotidien de ces enfants qu’on voit errer dans les décombres de la ville détruite ? Prend-on la mesure de l’absence totale d’éléments de reconstruction, de toutes ces existences sacrifiées.

«  Still recording  » porte un regard sur ce qui s’est passé pour toute une génération qui a cru à la révolution. Il est le désir de comprendre les contradictions, les dysfonctionnements et les terribles débordements qui s’imposent dans le contexte exceptionnel des conflits armés. Il propose en filigrane une définition du rôle de l’artiste, sa position dans les circonstances extrêmes et interroge sur le rôle de l’artiste dans la révolution, dans la guerre, dans la mort....

Le film va au-delà du témoignage personnel, vers un film documentaire et historique propre à remettre en question les clichés diffusés par les médias sur les combattants et sur ce qui se passe en Syrie.

Tourné sur cinq ans entre 2011 et 2015 avec environ 450 heures de rushes, «  Still Recording  » a été un défi technique, artistique et financier.

Il est un document exceptionnel sur l’histoire récente de la Syrie et sur le rôle vital que peut avoir le cinéma...

Francis Dubois

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