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Un film de Thomas Vinterberg (Danemark)

"Submarino" Sortie en salles le 1er septembre

Thomas Vinterberg avait été révélé en 1998 au Festival de Cannes avec son film "Festen" qui avait remporté le Prix spécial du jury. Ses deux longs métrages suivants, tournés en anglais, avaient été sélectionnés au Festival de Sundance. Après un retour au Danemark et une comédie,"When a man comes home" en 2007, il revient au film noir avec ce "Submarino" où il suit les itinéraires chaotiques de deux frères marqués dès leur enfance par la misère, l’isolement, l’alcoolisme d’une mère démissionnaire et la mort de leur petit frère dont ils endossent la responsabilité. On ignore pourquoi Nick, l’aîné, devenu un homme intransigeant avec lui-même, avec les autres et qui a une haute idée de la justice a écopé d’une peine de prison. Mais on s’attache immédiatement à ce personnage à la fois énigmatique et transparent, silencieux et mesuré qui cache à peine sous une apparente âpreté, "un cœur gros comme ça", une générosité qui le pousse à aider les autres même s’il le fait d’une façon bourrue. Ce ne sont pas les relations épisodiques qu’il entretient avec sa voisine de chambre Sofie, dans le foyer où il a échoué, qui vont lui être d’un grand secours, ni celles pourtant fraternelles et sincères qui le lient à Ivan, l’ami d’enfance retrouvé, obèse et dont la virginité persistante en a fait un pervers sexuel dangereux.
Nick, depuis qu’il est sorti de prison, n’a qu’une seule idée en tête, celle de renouer avec ce frère cadet dont il était proche, enfant, et dont il ne sait qu’une chose, c’est qu’il habite la même ville que lui. Plusieurs tentatives pour le retrouver échouent par sa faute, son incapacité maladive à faire aboutir le projet.
Le frère de Nick vit seul avec son fils Martin depuis que la mère de l’enfant est morte, victime d’un chauffard. Ce frère aussi nerveux et tendu que Nick est calme n’est pas certain de pouvoir garder son fils avec lui. Des carences dans l’éducation qu’il lui donne feront que la garde risque de lui être un jour ou l’autre retirée. De plus, cet homme qui fait usage de drogues dures va se lancer dans le trafic de cocaïne pour offrir à son enfant l’opulence d’une vie dont il a toujours rêvé.
Le titre du film fait référence à une technique de torture qui consiste à immerger la tête de la victime dans un volume d’eau jusqu’à la suffocation.
"Submarino" est un récit à propos de personnages que la vie immerge sous les flots d’une terrible fatalité. Tout ce qui était prévisible de pire survient à ces êtres marqués dès l’enfance par tout ce que la vie a d’horrible. Les évènements les plus terribles se succèdent en rangs serrés. La violence, l’humiliation, la trahison, l’injustice, les bons sentiments bafoués, le vice, les déviances sexuelles, le crime les atteignent de plein fouet. Et ils n’ont pas forcément la peau assez dure pour y être insensibles.
La surenchère dramatique qui pourrait rendre le film irrespirable est détournée comme par miracle. Tout ce qui arrive aurait mis à bas des êtres veules ou malhonnêtes. Or, les deux frères disposent d’une forme de morale, d’une honnêteté, d’un tel désir de vie et d’amour qu’ils résistent naturellement à tout ce qui leur arrive. Il émane de "Submarino" une telle autre forme de pureté que la fatalité qui s’acharne jusqu’au bout n’aura pas, même si elle gagnante, tout à fait le dernier mot.
"Submarino" n’est pas un mélo. C’est le constat d’une réalité, le portait d’êtres marqués au fer blanc dès l’enfance et qui tentent de garder la tête hors de l’eau.
Un beau film sensible, émouvant, mené de main de maître au-delà des limites du supportable et pourtant une histoire pétrie de générosité et d’humanité.
Francis Dubois

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