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Récits de souvenirs enfouis. Un film de Marie Vermillard et de Joël Brice (France)

"Suite parlée" Sortie au Reflets Médicis le 27 janvier

Vingt trois monologues constituent cette "Suite parlée" imaginée par les deux électrons libres du cinéma français que sont Marie Vermillard ("Imago") et Joël Brice ("La fin du règne animal") et qui, contre vents et marées, poursuivent leur travail d’artisan. Les personnages apparaissent à l’écran, cadrés en buste, à la distance de la conversation, devant un décor neutre et racontent chacun une histoire.
Cette histoire est à chaque fois une anecdote dont ils ont été le témoin ou le protagoniste. Ce sont des souvenirs plus ou moins lointains dont le choix révèle qu’ils ont laissé une trace importante chez celui qui les a vécus, bien au-delà de la minceur apparente du sujet.
Une femme se souvient qu’adolescente, elle a assisté, depuis la balançoire de son jardin à une scène intime qui se déroulait de l’autre côté de la haie. Une autre confie qu’elle a été saisie de constater une jour, que certains de ses comportements étaient la parfaite réplique de ceux de ses parents. Un homme parle du masque de cuir qui recouvrait le visage d’une femme au cours d’une partouze…
Le témoignage est-il authentique ? Est-il à prendre au pied de la lettre ou faut-il tenir compte des modifications dues au prisme de la remémoration ? Il est légèrement décalé par une écriture qui se situe par moments au-dessus du niveau du parler courant. Quelquefois, le ton utilisé par l’interprète en qui on reconnaît le visage connu d’un comédien, laisse entrapercevoir la distance du jeu.
Ces courts récits qui sont sensés appartenir à ceux qui nous les livrent n’ont pas le temps de prendre une vraie consistance narrative. Leur brièveté, leur diversité, l’intimité de certains d’entre eux leur donnent parfois une dimension à peine onirique de plaisir tronqué.
Marie Vermillard (elle a réalisé) et Joël Brisse (il est l’auteur des textes) sont de vrais artisans de cinéma. Ils ont réuni pour l’occasion vingt trois comédiens proches, complices, qui se sont prêtés au jeu et donnent, chacun dans son propre registre, une tonalité qui débouche sur un patchwork passionnant, comme un échantillonnage saisi à la sauvette, de certaines facettes enfouies de l’âme humaine.
Hors de toute tendance, de toute mode, se rapprochant par là du cinéma d’Alain Cavalier, ils proposent une partition discrète mais qui touche à l’essentiel.
Francis Dubois

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