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"Sur ta joue ennemie" Un film de Jean-Xavier de Lestrade (France), sortie en salles le 3 décembre

En prison où il est a purgé une peine de treize ans, Julien a étudié la philosophie. Alors qu’il est encore incarcéré, il soutient brillamment sa thèse, persuadé que le travail qu’il a réalisé va l’aider au moment de sa sortie. Julien a été condamné alors qu’il était adolescent pour avoir froidement abattu et sans raisons connues, son père et sa mère. Emilie, sa sœur cadette qu’il a laissée pour morte, a miraculeusement échappé à la tuerie.
Au moment où il va quitter la prison, Julien part à la recherche de cette sœur dont il n’a plus eu aucune nouvelle. D’abord parce qu’elle est sa seule famille et peut-être aussi parce qu’il est lui-même toujours à la recherche d’une explication à son geste. Bob, avec qui il s’est lié d’amitié en prison, et sorti avant lui, a retrouvé la trace d’Emilie. Elle est vendeuse dans une boutique de prêt à porter et le soir, elle multiple les rencontres dans des boîtes où on la voit s’étourdir.
Quelle relation peut s’établir entre un criminel et sa victime. A plus forte raison s’ils sont frère et sœur et s’il a, à quinze ans, assassiné leurs parents. Que peuvent-ils attendre l’un et l’autre de ces retrouvailles sinon une autre souffrance.
Dans un premier temps, Emilie rejette ce frère assassin qui compromet avec son retour, l’équilibre fragile et factice qu’elle s’était fabriqué au prix d’une vie déréglée et d’une composition d’extravertie. Pour elle, la première étape dans sa démarche de survie avait été de tirer un trait définitif sur Julien et de considérer qu’il était mort en même temps que ses parents. Pour lui, au contraire, pendant les années d’incarcération, il n’a cessé de penser à cette sœur comme à une douleur qu’il faudrait apaiser au moment de sa libération. Et ce sont ces tentatives d’approche, de retour à des sentiments fraternels à construire sur un passé mutilé, que " Sur ta joue ennemie " de Jean-Xavier Delestrade raconte. Il le fait avec infiniment de délicatesse tout en prenant le sujet de front, sans concessions. Au delà de toute sensiblerie, il construit son film avec une simplicité efficace.
Pourtant le sujet était terrain glissant. Il comportait de multiples écueils. La mise en scène à la fois feutrée et d’une violence contenue les évite en donnant au final un film douloureux mais digne et jamais pleurnichard.
La réussite du film tient beaucoup à l’interprétation de Robinson Stévenin. Visage blafard, il joue à vif, tout en retenue, sur le ténacité, la fragilité, les regards… Et les rares sourires qu’il laisse apparaître illuminent…
A peine aurait-on pu éviter quelques pics de narration comme la scène de viol collectif même si elle est une articulation utile.
Un beau film sur le mystère de la complexité de l’être humain et l’extrême minceur de la frontière entre la normalité et l’odieux. Un film rassurant sur l’état du cinéma français qui semble sortir (avec des films comme celui de René Féret ou celui de Ilan Duran Cohen) de sa période nombriliste…
Francis Dubois

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