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Le coin du polar.

« Surveille tes arrières ! » Une combinatoire complexe.

Le gag suppose un rythme particulier pour qu’il marche. Un faux-pas et tout s’écroule à commencer par le rire attendu. C’est une alchimie complexe, une mathématique singulière.

Donald Westlake – Rivages en propose une nouvelle traduction, une sorte de redécouverte – est un spécialiste de cet enchaînement. Son « héros » récurrent, Dortmunter, un cambrioleur malchanceux qui construit ses larcins comme autant de symphonies, rate à un cheveu ses opérations. Dans « Surveille tes arrières », il cambriole l’appartement d’un rentier qui vit dans une sorte de Club Med pour échapper aux avocats de ses ex-femmes – elles sont visiblement nombreuses et il les traite plus bas que terre. Tout aurait dû « marcher comme sur des roulettes » si un grain de sable, la mafia envahissant « son » repaire et celui de sa bande, un café avec une arrière-salle en l’occurrence, ne s’était glissé dans les rouages.

Il dresse un portrait féroce de ces « richards » sans foi ni loi, arrogants, se voyant au-dessus des lois, de ces femmes « cold diggers », chercheuses d’or voulant à tout prix épouser un richard, de ces laissés pour compte qui ne voient pas d’autre horizon que ces matins blêmes sans espoir… Un petit monde qui s’agite, poussé par l’appât du gain et du gain facile. Le tout forme une mécanique crédible et drôle. La caricature permet, en faisant rire, la dénonciation d’une société sans idéal.

Il faut relire Westlake.

Nicolas Béniès.

« Surveille tes arrières ! », Donald Westlake, traduit par Jean Esch, Rivages/Noir

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