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Un film de Katell Quillévéré (France)

"Suzanne" Sortie en salles le 18 décembre 2013

A la mort de sa femme, Nicolas, chauffeur routier, a élevé seul ses deux petites filles Suzanne et Maria, deux gamines pleines de vie.

Devenues adolescentes, les deux sœurs sont restées très complices, très attachées à leur père avec lequel elles font bloc.

Lorsque Suzanne s’est retrouvée enceinte, elle a décidé de garder l’enfant auquel elle voue un amour à sa manière, mais profond.

Elle rencontre Julien et c’est entre eux une passion sans limites.

Un beau jour, Suzanne disparaît sans laisser d’adresse, abandonnant Charlie à son père et sa sœur.

Or, Julien est mêlé à des affaires douteuses et, à la suite d’un cambriolage avec violence où ils sont tous deux impliqués, Suzanne se retrouve seule devant les juges qui la condamnent à une forte peine de prison

Ni Maria, ni Nicolas ne pouvant se charger de l’enfant, celui-ci est placé dans une famille d’accueil.

Karell Quillévéré réussit avec "Suzanne" à la fois un portait de jeune femme d’aujourd’hui, juste et pathétique dans son déséquilibre, celui d’une famille déstabilisée par la mort de la mère, une chronique réaliste et un récit romanesque qui se déroule sur vingt-cinq ans.

Il y a de multiples raisons à l’instabilité de Suzanne : la mort prématurée de la mère, un père souvent absent à cause de son travail, trop de liberté, une tendance à combler un manque affectif avec des aventures amoureuses. Mais aucune n’est vraiment satisfaisante pour expliquer ses comportements désordonnés.

Suzanne est une rebelle qui avance dans la vie à tâtons, à l’aveugle, à l’instinct. C’est une sorte d’animal sauvage et doux à qui l’amour maladroit d’un père et la complicité généreuse d’une sœur cadette ne suffisent pas.

Et ce n’est pas étonnant, si elle trouve en Julien, son pendant.

Lui aussi est un "boiteux affectif", un laissé pour compte qui tente, avec des activités, des trafics douteux, de trouver une sorte de reconnaissance. Car lui aussi est de la race des doux, des tendres…

Partant d’une trame narrative qui n’invente rien. "Suzanne" est un film qui trouve sa singularité dans sa construction et sa force dans l’interprétation de comédiens remarquables jusque dans les plus petits rôles.

Construire un récit qui s’étale sur vingt-cinq années avec un personnage qui en assure la "colonne vertébrale" et plusieurs autres qui en font un film choral, était une entreprise ambitieuse dont Karell Quillevéré sort largement gagnante.

Son travail sur les ellipses est magnifique, virtuose. Il donne à son film une fluidité et en accentue le souffle romanesque.

Pour écrire son scénario, la réalisatrice s’est intéressée aux biographies des compagnes d’ennemis publics comme Mesrine, Besse ou Vaujour. Elle s’est trouvée fascinée par l’attitude de ces femmes à la fois courageuses mais vivant dans une soumission à leur compagnon presque suicidaire.

Toutes ces biographies traitaient de leur enfance et de leur adolescence pour tenter d’y découvrir les événements qui donneraient un sens à leur parcours, expliqueraient cette rencontre amoureuse déterminante.

Il y a, de toute évidence, de ces femmes-là chez Suzanne.

Ce deuxième long métrage après " Poison violent" en 2010 confirme le talent certain de cette jeune réalisatrice.

Francis Dubois

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