Actualité théâtrale

Jusqu’au 3 décembre au Théâtre de Belleville

« Swann s’inclina poliment »

Qui a lu À la recherche du temps perdu , de Marcel Proust, se souvient forcément de Swann, ce riche fils de financier juif, reçu dans tous les salons de l’aristocratie et qui, un peu à son corps défendant, tombe amoureux d’une demi-mondaine, habituée du salon des Verdurin. Odette de Crécy. Madame Verdurin est une grande bourgeoise. Elle aspire à faire de son salon un lieu recherché, ne cesse de mettre en avant ses relations et vante ses liens avec des artistes, un jeune musicien et le peintre Biche. Swann est séduit par la beauté d’Odette, bien qu’il lui trouve quelques imperfections et qu’il ne la juge pas très cultivée. Avec elle il va connaître la joie, mais aussi les souffrances de la jalousie jusqu’au jour où il se réveillera débarrassé de cet amour mortifère. La pièce se conclut sur la phrase finale du livre « Dire que j’ai gâché des années de ma vie, que j’ai voulu mourir, que j’ai eu mon plus grand amour pour une femme qui ne me plaisait pas, qui n’était pas mon genre ».

Théâtre : Swann s'inclina poliment

Nicolas Kerszenbaum a souhaité adapter le roman en mettant en lumière à la fois les tourments de la relation amoureuse de Swann mais aussi une société où les structures de classes sont bien marquées et où la bourgeoisie est guidée par la recherche de la réussite sociale.

Le dispositif scénique imaginé par Nicolas Kerszenbaum est astucieux. En fond de scène d’un côté des praticables envahis de plantes et d’orchidées à la sensualité vénéneuse, en référence au bouquet de catleya que porte Odette dans le roman. De l’autre côté, les musiciens (Guillaume Léglise au piano et Jérôme Castel à la guitare) qui répondent au texte et enchaînent du Satie et une musique composée par Guillaume Léglise, en référence à la mystérieuse Sonate de Vinteuil qui rythme tout le roman. Devant un banc, où Madame Verdurin, dont la vulgarité est soulignée par sa tenue, short et bas résille, converse avec ses amis, Odette, dont Madame Verdurin se plaît à pointer la bêtise, et le peintre Biche dont l’aspiration à la célébrité est inversement proportionnelle au talent. Le rôle de Swann est dévolu au public.

On peut déplorer des choix qui soulignent trop lourdement les traits de caractère des personnages : la vulgarité de la tenue de Madame Verdurin, l’arrivée d’Odette émergeant des plantes de fond de scène dans une sorte de danse lascive. Mais l’originalité de l’adaptation et la qualité de l’interprétation rendent ce rendez-vous avec Proust intéressant et séduisant.

Micheline Rousselet

Du mercredi au samedi à 21h15, le dimanche à 17h

Théâtre de Belleville

94 rue du Faubourg du Temple, 75011 Paris

Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 48 06 72 34

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