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Un fil de LLisa Barbash et Lucien Castaing-Taylor (USA)

"Sweetgrass" Sortie en salles le 14 décembre 2011

"Sweetgrass" rend compte de la vie des derniers bergers qui conduisent les troupeaux de moutons vers les pâturages d’été, jusqu’aux montagnes Beartooth du Montana.

Américains d’origine norvégienne, membres d’une même famille, ils sont les derniers à parcourir chaque année les 250 kilomètres qui séparent les bergeries des pâturages.

On pourrait dire de "Sweetgrass" qu’il est un documentaire "habité" de personnages, car au fur et à mesure des différents moments qui composent le film, on a le temps de s’attacher à ceux qu’on a entrevus, et qu’on surprend soudain dans des moments de paisible convivialité, d’inquiétude et de doute, ou qui nous révèlent tout à coup leur visage…

D’une part, des hommes rustiques, aguerris, presque sauvages puisqu’éloignés de la civilisation pendant une période de l’année, très attachés à leurs bêtes, et d’autre part, ces immenses troupeaux qui se déplacent sous la forme d’un lent déferlement, et qui, par le nombre impressionnant de têtes de bétail, finit par dégager une sorte d’inquiétude latente.

Car la longue transhumance est parsemée d’obstacles, de passages difficiles, de moments où le moindre affolement des bêtes ou la moindre erreur humaine pourrait conduire à la catastrophe.

Aux moments difficiles, la traversée d’un torrent, le passage étroit à travers la végétation courte d’une forêt hostile, succèdent ce qu’on pourrait appeler "les moments de plaine" où tout à coup tout s’apaise, où les bêtes retrouvent un comportement paisible et rassurant.

La fatigue de ces hommes, dont certains ne sont plus très jeunes, l’épuisement de certains chiens de bergers qui ne seront plus remplacés, annoncent la fin de ces immenses transhumances qui permettaient aux bêtes de se nourrir d’herbe grasse.

Que ce soit au cours des scènes de bergerie qui précèdent le départ, au cours desquelles on assiste à la mise bas des brebis, aux premiers pas des agneaux ou à la tonte des toisons, ou au cours de celles qui relatent les difficultés du parcours, la hantise du prédateur, les moments de découragement des hommes, "Sweetgrass " nous plonge dans le domaine agonisant des traditions ancestrales et de la relation vraie entre le berger et ses bêtes.

Pourquoi reconduire ces longues et éprouvantes transhumances si ce n’est pour rappeler que l’élevage destiné à la consommation répondait, il y a seulement deux ou trois décennies, à ces règles-là, qu’il existait un respect de la nature et de l’animal, une complicité tacite entre l’environnement et l’homme. Des règles aujourd’hui rendues obsolètes par la priorité au rendement, par une économie qui ne s’attache qu’au court terme et refuse d’anticiper sur la qualité des produits de consommation, sur la mort de la terre, la disparition des espèces.

Deux moments dominent le film. Celui où, dans la nuit, les hommes ont détecté, aux reflets que lancent ses yeux, le glouton, redoutable prédateur de moutons, et celui où le berger, dans un moment de questionnement, livre à sa mère à l’autre bout du fil, à travers la liste de ses difficultés, son doute profond et à travers lui, le sentiment que plus rien, dorénavant ne ressemblera à tout ce qui faisait la valeur d’un passé tout proche.

La photographie est magnifique mais, on l’aura compris, ce n’est pas l’atout majeur du film.

 

Francis Dubois

 

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