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un film de Michel Gomes (Portugal)

"Tabou" Sortie en salles le 5 décembre 2012

Depuis qu’elle a pris sa retraite et qu’elle dispose de plus de temps, Pilar est le dévouement même. Elle participe à des veillées pacifistes, se met au service d’organisations caritatives catholiques, héberge de jeunes polonaises venues aux rencontres œcuméniques de Taizé et s’empresse de raccrocher au mur la peinture hideuse que lui a offert un ami, quand celui-ci annonce sa venue.

Mais Pilar est surtout préoccupée par la solitude où s’est retirée sa vieille voisine Aurora, femme capricieuse et excentrique qui court au Casino dès qu’elle dispose d’un peu d’argent.

Aurora se plaint de l’indifférence de sa fille à son égard et soupçonne Santa, sa femme de ménage capverdienne de faire du vaudou à son encontre.

Au moment de mourir, Aurora charge Pilar et Santa de prendre contact avec un vieil homme, Gian Luca Ventura, dont personne n’avait jamais entendu parler.

Les deux "émissaires" découvrent que cet homme existe bien, qu’il a eu un pacte secret avec Aurora et qu’il est prêt à raconter une histoire vieille de cinquante ans, peu avant le début de la guerre de colonisation portugaise.

Il révèle qu’Aurora possédait une ferme en Afrique située au pied du Mont Tabou…

" Tabou" se compose de deux parties distinctes qui n’ont de rapport entre elles que le personnage d’Aurora. La seconde partie, qui renvoie cinquante années en arrière, où tout dialogue est supprimé ou inaudible, est soutenue par la voix off d’un narrateur qui raconte l’histoire de la vie d’Aurora, du temps qu’elle possédait cette ferme au pied du Mont Tabou.

Entre les souvenirs de Ventura et la visualisation de ses récits par Pilar et Santa ; il n’y a plus de place pour le dialogue qui semble s’être dilué dans le temps et pour donner à ces épisodes du film un côté suranné sans pour autant en faire un pastiche, Michel Gomés s’est rapproché de l’esthétisme du cinéma muet.

"Tabou" est un film à propos des choses qui s’estompent avec le temps, de tout ce qui disparaît insensiblement avec une personne qui meurt, une société qui s’est transformée, une époque qui ne peut même plus exister dans la mémoire de ceux qui l’ont vécue.

Et c’est pour cela qu’il est relié par le muet, par l’utilisation du noir et blanc, à un cinéma qui s’est éteint.

Michel Gomés dont on avait apprécié le film précédent " Ce cher mois d’août" sorti sur les écrans en 2007 a réalisé ici un film complètement atypique et audacieux autour d’un récit qui fascine par sa construction, par la technique, le jeu stylisé et ce noir et blanc charbonneux qui tient la narration suspendue dans une temporalité qui serait un compromis entre deux époques indéterminées.

Mais qu’on ne s’y trompe pas, "Tabou" n’est surtout pas un exercice de style, une narration opaque. Situations et personnages sont limpides. Simplement, ils sont vus à travers un prisme inhabituel mais qui n’enlève rien au réalisme et à la crédibilité.

Ce "Tabou" qui ne ressemble à rien d’autre, vaut vraiment le détour.

Francis Dubois

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