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Un film de Stefano Savona (Italie Suisse)

"Tahrir, Place de la libération" Sortie en salles le 25 janvier 2012

En février 2011, la place Tahrir, au centre du Caire, devient le lieu de rassemblement des jeunes égyptiens. Elsayed, Nona, Ahmed dont Stefano Savona va faire les personnages récurrents de son documentaire, participent à la révolution. On les voit dès les premières images dans le feu de l’action, occuper la place jour et nuit.
Avec tous ceux et celles qui grossiront les rangs, ils s’expriment, crient leur espoir, chantent avec bientôt des milliers d’autres égyptiens tout ce qu’il n’ont pas pu dire librement jusque-là.
La place Tahrir devient très vite un espace de liberté où l’on s’enivre de mots et qui prend valeur de territoire conquis. On y résiste, on y apprend à discuter, à échanger, à inventer des slogans, à soigner les blessés et à casser les pavés pour amasser des cailloux qui seront les seules armes de riposte des émeutiers.
Stefano Savona montre la révolution en train de se faire, la révolution au présent. Sa caméra filme les visages dans la colère et dans l’enthousiasme, dans la jubilation et dans l’inquiétude, et son talent réside aussi dans sa façon de traiter l’individuel et le collectif, d’intégrer l’individuel dans le collectif, de montrer la naïveté et les contradictions d’un mouvement spontané, et de saisir une situation dans toutes sa complexité.
"Tahrir, place de la libération" privilégie l’engouement du peuple engagé dans ce mouvement à travers les visages anonymes et ceux des quelques participants qu’il a retenus et qu’il a sans doute considérés comme les plus représentatifs parmi les milliers de manifestants.
Si on voit des blessés pris en charge sur place, si on assiste aux soins d’urgence qui leur sont donnés, peu d’images témoignent de la riposte anti-révolutionnaire. A peine apprend-on que le gouvernement a libéré et soudoyé les détenus dans les prisons pour combattre le mouvement.
Mais les scènes de violence sont rares, voire inexistantes. Pour le peuple déterminé à obtenir la démission de Moubarak, la violence dont les manifestants sont victimes et qui est allée jusqu’au tir à balles réelles, ne semble pas compter au regard de la force de son engagement. Le premier (et souvent) le seul objectif à atteindre est la chute du dictateur et la violence de la riposte est hors-champ.
A peine et de façon isolée se pose-t-on la question à propos de l’après-révolution et du danger islamiste. L’Egypte sera laïque répète-t-on.
L’urgence seule occupe les esprits et les réponses aux questions qu’on tarde à se poser appartiennent au futur.
Le film de Stefano Savona rend compte d’un bouillonnement historique et il y engage à le fois la réalité des faits et son engagement de cinéaste.
Son film qui épouse l’enthousiasme d’un peuple à se dégager du joug de la dictature, pour sa valeur de témoignage, est une œuvre ô combien nécessaire.
Francis Dubois

Projection suivie d’un débat
Lundi 6 février à 20h30 au Reflet Médicis à Paris

Avec :

- Mylène Stambouli, membre du Bureau national de la Ligue des Droits de l’Homme

- Mohammed Mahmoud, militant égyptien

- François Pradal, Le Monde Diplomatique

- Un représentant de la FIDH

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