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Un film de Jafar Panahi (Iran)

"Taxi Téhéran" Sortie en salles le 15 avril 2015.

Jafar Panahi est un cinéaste iranien dont les films ont toujours été sélectionnés dans des grands festivals depuis " Le ballon blanc " en 1995 (à la Quinzaine des réalisateurs où il remporte la Caméra d’Or) jusqu’à " Closed Curtain " (tourné clandestinement avec Kambuzia Partovi) qui lui vaut l’Ours d’Argent du scénario au Festival de Berlin 2013.

A la suite de la réalisation de films jugés subversifs par le pouvoir, Jafar Panahi est arrêté une première fois (au prétexte qu’il a assisté à une manifestation à la mémoire d’une jeune femme tuée parce qu’elle avait contesté la réélection du président Mahmoud Ahmadinejad).

Quelques mois plus tard, il se voit refuser un visa pour aller au Festival de Berlin.

Il est arrêté une seconde fois en mars 2010. Il passe 86 jours en prison avant d’être libéré sous caution. Invité comme juré au Festival de Cannes, son fauteuil restera vide, faute de pouvoir voyager.

Cette fois-ci, il est condamné à ne plus réaliser de films, écrire de scénarios, donner des entretiens à la presse et sortir de son pays.

C’est alors, qu’enfermé dans son appartement Jafar Panahi coréalise "Ceci n’e st pas un film " où il décrit son quotidien d’artiste et d’homme empêché de travailler. En dépit des interdictions et de la vigilance du pouvoir, le film arrive à Cannes où il est présenté hors compétition.

C’est une fois de plus dans la clandestinité que le cinéaste réalise " Closed Curtain " sélectionné aux Berlinades.

En 2015, Jahar Pahani dévoile ’Taxi Téhéran " à Berlin où le film remporte l’Ours d’Or. A la suite de quoi, il est vendu dans plus de trente pays…

Cinéma : Taxi Téhéran

Installé au volant d’un taxi, Jafar Pahani sillonne les rues de Téhéran. Les passagers qui s’y succèdent et se confient à lui dressent le portrait de la société iranienne actuelle entre drame, rires et émotion.

Jafar Pahani voulait au départ réaliser un documentaire mais il s’est très vite rendu compte que de cette façon, il allait exposer dangereusement les personnes qu’il filmerait. Il a opté pour la réalisation d’un docu-fiction dont il a écrit le scénario et qu’il a imaginé se passant dans le seul habitacle d’une voiture. Cette option interdisant la présence d’une équipe technique, c’est lui qui en sera le comédien récurrent, le cadre et le son.

Aucun éclairage particulier n’a été utilisé ; le tournage a duré quinze jours et les acteurs sont tous des non-professionnels, des connaissances ou des connaissances de connaissances.

La petite Hana, l’avocate et le vendeur de DVD jouent leur propre rôle dans la vie. L’étudiant cinéphile est le neveu du cinéaste, l’institutrice, la femme d’un ami…

En France, on semble éloignés des censures et des procédés autoritaires. Mais le chemin qu’emprunte la politique culturelle du pays avec la chute des subventions aux Centres dramatiques et dont souffrent douloureusement un certain nombre de festivals, ne seraient-ils pas les signes avant-coureurs d’un resserrement des libertés dans le domaine de la culture ?

On a commencé par l’interdiction de fumer dans les lieux publics. Maintenant on prive les publics de culture. Pourquoi ne pas imaginer qu’un jour prochain , les films "comestibles" ne seront pas ceux qui répondent à des règles de plus en plus strictes…

Bravo à Jafar Pahani qui continue à tracer son sillon dans le terrain de la liberté, peut-être au péril de sa vie.

Francis Dubois

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