Actualité théâtrale

du 17 juillet au 3 août

« Teatro a corte » tournée en France prévue pour la Cie Kumulus


Autour de Turin, comme un collier de perles délicates, s’alignent les résidences royales et relais de chasse de la dynastie des Savoie. Dessinées par les plus grands architectes de l’époque, entourées de jardins à la française, insérées dans un paysage de vertes collines, sur fond de montagnes où la neige affleure encore, ces demeures deviennent l’espace de trois week-end de mi-juillet à début août, l’écrin de spectacles de théâtre, de nouveau cirque et de danse contemporaine.
Sous la direction de Beppe Navello, directeur du théâtre Astra de Turin et de la Fondation Téatro Piemonte Europa, le festival offre une vitrine de rêve à des troupes venues de divers pays européens. Cette année les pays nordiques étaient à l’honneur. On a ainsi pu admirer le finlandais Alpo Aaltokoski qui a présenté un solo, Deep, mélange de danse et d’animation numérique, où l’homme devient oiseau prêt à s’envoler, chenille accrochée au sol ou animal préhistorique aux omoplates saillantes. Tantôt cœur qui bat et cherche à échapper au corps qui l’emprisonne, tantôt corps proche du squelette qu’il deviendra, c’est tout l’humain et notre rapport à l’animalité que décline le danseur. Sur une tonalité beaucoup plus joyeuse, l’acrobate et chorégraphe finlandaise Ilona Jäntti, dans Muualla, monte, descend, se suspend à sa corde, jouant avec des images vidéo où une sorte de petit shadock rouge provocateur la poursuit ou la fuit. Des troupes venues de neuf pays européens se sont produites dans les salles aux plafonds richement décorés ou dans les cours entourées de murs de brique ornés de statues. La visite des châteaux et des jardins avant les spectacles contribue à redoubler le plaisir des spectateurs.
Ainsi la danse urbaine de la Compagnie britannique Chameleon, Push, qui met en scène deux hommes qui s’approchent, se bousculent, s’acceptent, se repoussent, prend un sens très universel dans le décor inattendu de la grande salle d’apparat du château d’Aglié. Les deux danseurs (Kevin Edward Turner et Anthony Missen) en jeans et baskets s’évadent de l’univers de la rue et, dans ce décor de peintures murales du XVII ème sous un plafond richement décoré, la force de leur création et son énergie deviennent intemporelles. C’est le rapport à l’autre, dans toute société humaine qui se trouve interrogé.
Ambra Senatore, la chorégraphe turinoise que l’on pourra admirer cet hiver au Théâtre de la Ville à Paris et qui a collaboré avec Jean-Claude Gallota et Georges Lavaudant, a imaginé une pièce courte, In piccolo, spécialement pour le petit théâtre du Château d’Aglié. Inspirée par le rideau de scène qui conte l’histoire d’Orphée et Eurydice, jouant des yeux et des bras, elle réussit une performance pleine d’humour qui séduit les spectateurs.
Habitué du spectacle de rue, le collectif G. Bistaki réussit avec Cooperatzia/maison, à adapter pour une scène située dans la cour aux murs de brique de la Venaria reale, son travail de cirque chorégraphié ambulant. Le groupe crée un univers potache où la poésie s’associe au burlesque. Il n’y a pas une histoire figée, le collectif part d’objets, crée, essaie, supprime ou retient tel ou tel élément. Ici ce sont des sacs à main qui deviennent couvre-chefs surprenants ou oiseaux, des tuiles qui s’abattent comme un château de cartes ou deviennent chiens que l’on promène. Les cinq jongleurs, danseurs et acteurs du collectif marchent sur une mer de tuiles, les font voler avec une adresse stupéfiante et les spectateurs passent du rire à l’émotion. Leur prochain spectacle s’intéressera aux pelles et au maïs, passage obligé pour une troupe du Sud-Ouest ! C’est une compagnie à suivre.
De tous les spectacles, il en est un qui marquera la mémoire de ceux qui ont eu la chance de le voir, Silence encombrant, par la Compagnie Kumulus (France). Une benne à ordures posée sur l’asphalte, s’ouvre brutalement avec fracas. Un nuage de poussière en sort et peu à peu émerge une humanité en haillons, le visage couvert d’une croûte de poussière sale, les yeux cernés de charbon, le regard halluciné. Chacun saisit un objet dans le capharnaum répandu à terre, un capot de voiture, un évier, une machine à laver à moitié désossée, une lunette de cabinet, une mappemonde défraîchie, une cage à oiseaux, une poupée désarticulée. Ils saisissent ces objets que nous avons un jour utilisés ou aimés puis jetés, les observent, semblent s’interroger sur leur utilité dans ce monde de cataclysme, les rejettent ou les emportent plus loin. Tout est en vrac, bon pour la casse, les déchets comme les hommes, qui, tels des zombies solitaires, avancent en tirant, en poussant avec effort leur maigre butin repoussant peu à peu les spectateurs loin de leur monde. Leur activité n’a pas de sens sinon de les conduire vers la mort où il ne reste plus que des corps nus. On pense à Becket, mais à un Becket qui aurait abandonné la parole ne laissant plus entendre que le raclement des objets sur le sol et le bruit assourdissant de leur chute, et c’est poignant. La Compagnie Kumulus se produira du 17 au 21 septembre à Tournefeuille (31), le 4 octobre à Carcassonne et le 18 à Portes-les-Valence (26). Suivez-les sur leur site www.kumulus.fr, vous ne le regretterez pas.

Micheline Rousselet

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