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Un film de Nader T. Homayoun (France-Iran)

"Téhéran" Sortie en salles le 14 avril 2010

Ebrahim a quitté sa province pour Téhéran où il espérait trouver du travail. Réduit à la mendicité, il apitoie les passants en faisant croire qu’il est veuf et que l’enfant qu’il porte dans ses bras est le sien. Or, ce bébé lui a été loué par un trafiquant d’enfants. Deux événements vont gêner son "petit commerce" et le confronter à la force de la mafia, la visite imprévue de sa jeune femme enceinte à qui il a menti sur ses activités réelles et la disparition du bébé, volé par une jeune femme qui espère pouvoir le monnayer…
Le film de Nader T Homayoun se découpe en trois parties distinctes et de genres contrastés qui suivent l’évolution du personnage face aux échéances qui marquent le crescendo du récit.
Dans le premier tiers du film, la caméra suit les déambulations d’Ebrahim à travers les rues grouillantes de Téhéran alors qu’il essaie d’attendrir les passants sur son sort. L’enfant qu’il porte dans ses bras nécessite soins et attentions et il est probable qu’au fil du temps, il soit devenu pour le jeune homme, autre chose qu’un simple accessoire de travail.
Dans la partie centrale du film, Ebrahim doit faire face aux deux événements qui font voler en éclats l’existence routinière à laquelle il s’était accoutumé : la visite de sa jeune femme enceinte à qui il doit cacher la réalité de son existence, la disparition du bébé et ses conséquences vis à vis du chef des trafiquants.

Dans la troisième partie, Ebrahim, mis au pied du mur, se révèle un homme d’action efficace capable de répondre sur un même plan, aux façons de procéder des escrocs.
"Téhéran" vaut surtout pour les tonalités différentes qui colorent les épisodes du récit. Celui-ci sait rester à hauteur d’homme quand il décrit le déroulements des journées du personnage central, son attachement progressif au bébé ou l’amitié qui le lie à ses deux co-locataires, compagnons d’infortune non dépourvus de générosité. La disparition de l’enfant le fait dériver du côté du film social avec la révélation du trafic de bébés et le constat des difficultés à survivre au quotidien de ceux qui sont exposés à la précarité et aux dérives de toutes sortes qui peuvent en découler. Lorsque, mis au pied du mur, Ebrahim se révèle à nous et sans doute à lui même un tueur potentiel, le film bascule dans le domaine du polar.
De construction plutôt classique, "Téhéran" n’appartient pas à la tradition du cinéma populaire iranien. Il rend hommage aux cinéastes des années soixante dix notamment, dans sa façon particulière de filmer la ville et en ne se démarquant du cinéma d’auteur auquel il s’apparente malgré quelques facilités et concessions au cinéma populaire.
Pour tourner son film à Téhéran, Nader T Homayoun a dû redoubler d’astuces et de ruses en annonçant le tournage comme celui d’un documentaire, en trompant sans cesse la vigilance de la censure islamique qui encadre les tournages depuis la Révolution. Sachant par exemple qu’il est interdit de filmer une femme dévoilée, des hommes et des femmes qui se touchent, même du bout des doigts… Or, un des objectifs du réalisateur était de dépasser ces interdits pour essayer de présenter une image plus juste de la réalité iranienne. Il voulait pouvoir créer dans une certaine liberté, même s’il prenait le risque de voir son film un fois achevé, interdit dans son pays.
Francis Dubois

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