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Un film de Hirokazu Kore-Eda (Japon)

"Tel père, tel fils" Sortie en salles le 25 décembre 2013.

Ryoto est un jeune architecte très accaparé par son travail et le souci de sa réussite professionnelle. Avec Nonomiya, son épouse conciliante, et leur fils de 6 ans, ils donnent l’image d’une famille idéale.

Mais un jour, le couple est convoqué par la maternité de l’hôpital où est né leur enfant. Là, ils apprennent que deux nourrissons ont été échangés à la naissance et que le garçon qu’ils ont élevé n’est pas le leur, que leur fils biologique a été élevé dans un milieu beaucoup plus modeste.

Ils sont face à un vrai dilemme. Laisser les choses en l’état ne leur paraît pas possible. Le retour de chaque enfant dans son foyer respectif, tout aussi difficile à envisager.

Est-ce le fait de partager son sang qui fait d’un homme un père, d’une femme une mère. Ou bien est-ce le temps que des parents et leur enfant ont passé ensemble ?

La question reste posée.

Hirokazu Kore-Eda s’est beaucoup intéressé à des cas de bébés échangés au Japon à l’époque du boom des naissances dans les années 1960.

Si le sujet de son film s’inspire de ses enquêtes, l’intrigue elle, est inédite.

Le metteur en scène fait une différence entre être père et être mère. Dans le cas exposé dans le film, la chose est évidente. La mère est au foyer. Elle passe beaucoup de temps avec son fils alors que le père, très pris par son travail, ne lui consacre que quelques instants au quotidien, et à peine plus, les rares jours où il est disponible.

La théorie sur laquelle Hirokazu Kore-Eda s’appuie est qu’on ne devient pas père tout seul et que c’est l’enfant qui fait d’un père, un père.

Ryoto en prendra petit à petit conscience et lui, qui se montrait si pragmatique au moment de prendre une décision, va en arriver à une plus grande nuance de jugement, à des considérations qui lui procureront la fragilité que le cas de conscience auquel il est confronté, nécessitait.

Dans un premier temps, les deux enfants vont être redistribués dans leur famille respective. Mais comment demander à des enfants de six ans, même si leurs caractères sont contrastés, d’accepter de vivre dans une famille étrangère et d’admettre le fait que la décision est définitive ? Quelle réalité cette nouvelle distribution représente-t-elle pour un enfant de cet âge ? Quel déchirement provoquera-t-elle quand il en prendra conscience ? Quelle conséquence cela peut-il entraîner ?

Qui des deux pères est le plus "père ? Celui, qui par son travail acharné, apporte sécurité et confort à sa famille ou celui, dilettante, amant la vie, qui consacre le plus clair de son temps à ses enfants, partage leurs jeux, se montre détendu et rieur ?

Aucune solution ne sera la bonne. Surtout pas celle que propose Ryota de prendre en charge et d’élever les deux garçons sous son toit.

Il ne reste plus qu’aux deux familles, malgré la différence sociale, de se rapprocher de sorte que chacun pourra continuer à vivre avec l’enfant qu’il a élevé sans perdre de vue son enfant biologique.

La personnalité de chacun des parents, chacun des enfants étant finement définie, le contraste entre les deux familles n’étant jamais appuyé, les atmosphères rarement tendues, toute la place est laissée aux états d’âme de chacun, à l’évolution des considérations, aux différentes étapes par lesquelles va devoir passer Ryota pour clarifier sa vision de choses.

On retient peut-être plus du film la joie de vivre, la simplicité d’analyse du second couple, l’image des moments de jeux que la rigueur d’analyse de Ryota. Cette froideur qui ne convenait pas à la situation et dont il lui faudra se défaire pour avancer.

Francis Dubois

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