Actualité théâtrale

Jusqu’au 18 novembre au Studio Hébertot

« Tendresse à quai »

Une jeune femme en tenue de cadre est assise à une table sur un quai de gare. Elle lit un recueil de poèmes de Mallarmé. Un homme arrive et s’assied à une table voisine, l’observe, se dit qu’il a le même recueil de poèmes dans sa poche et monologue en décrivant la jeune femme. Ancien prix Goncourt, il est en panne d’inspiration. Elle va être bientôt licenciée. Mais qu’est-ce qui peut bien naître de la rencontre entre ces deux personnages que bien des choses séparent, leur âge, leur milieu professionnel, leur culture ? Tout l’art d’Henri Courseaux consiste à jouer des mises en abyme et à nous perdre. Et quelle jubilation de le suivre ! Cette jeune femme est-elle cette cadre en perdition ou une création de l’écrivain ou son agent littéraire ou sa femme ou sa fille ou autre chose encore ! Et lui, où en est-il ? Vieille gloire glissant vers la sénilité, écrivain se demandant « comment écrire quand on n’est pas sûr d’exister » ou rebondissant grâce à cette rencontre ?

Théâtre : Tendresse à quai

Dans cette comédie subtile, l’auteur semble jouer du désarroi des deux héros mais il se plaît surtout à mêler l’invraisemblance des situations avec des remarques sur les rapports de l’auteur avec sa créature, à nous offrir quelques aphorismes très drôles sur le style ou sur les rapports de l’auteur avec son éditeur. Sur fond de poésie et tendresse, c’est toute une humanité qui passe. La mise en scène de Stéphane Cottin épouse la légèreté et la rapidité de l’écriture et est fidèle à son côté rieur. Les annonces et jingles de la SNCF ou de France Culture provoquent le sourire, l’espace scénique devient cafeteria de gare ou appartement, les éclairages nous plongent en plein réel ou nous conduisent dans un monde onirique.

Qui mieux que l’auteur lui-même pouvait interpréter le héros ? Il a l’œil qui frise de Léon, son sourire de vieux farceur prêt à s’emballer, à se fâcher, à se révolter ou à s’attendrir. À ses côtés Marie Frémont est Madeleine, gracieuse, sensible, pleine d’humour, prête à suivre Léon dans ses envolées audacieuses … à moins que ce ne soit lui qui la suive !

Courez les voir et rire avec eux, ils sont formidables.

Micheline Rousselet

Du mercredi au samedi à 21h, le dimanche à 14h30

Studio Hébertot

78 bis boulevard des Batignolles, 75017 Paris

Réservations : 01 42 93 13 04

Se réclamer du Snes et de cet article : demande de partenariat Réduc’snes en cours

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • Sortie de confinement pour le spectacle vivant ?
    Les salles de théâtre veulent rouvrir, les spectacles veulent reprendre. Les artistes veulent garder leur lien avec le public. Pendant le confinement, la Comédie Française, l’Odéon et bien... Lire la suite (4 juin)
  • Les Molières le 23 juin
    La cérémonie des Molières est maintenue, dans le respect des règles sanitaires, et sera diffusée en prime time le 23 juin sur France 2. Elle rappelle, en ces temps où l’avenir est encore incertain et... Lire la suite (25 mai)
  • La Comédie-Française lance La Comédie continue !
    COMMUNIQUÉ DE PRESSE > vendredi 27 mars 2020 > La Comédie continue ! > Tel est le nom de la première chaîne en ligne de la Comédie-Française. > À partir du lundi 30 mars 2020 à 16h, plusieurs levers... Lire la suite (31 mars)
  • « Sois un homme »
    Qu’est-ce qu’être une femme ? La question a beaucoup interrogé écrivain.e.s et philosophes depuis déjà un certain temps. Mais s’agissant des hommes, elle apparaît plus originale tant des siècles de... Lire la suite (17 mars)
  • « Illusions perdues »
    Après ses brillantes adaptations d’Homère ( Iliade puis Odyssée ) et de Chanson douce de Leïla Slimani, Pauline Bayle s’est lancé dans l’adaptation du roman de Balzac. C’est au fonctionnement du... Lire la suite (17 mars)