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Un film de Salomé Lamas (Portugal)

"Terra nullius, confession d’un mercenaire" Sortie en salles le 2 juillet 2014.

Assis devant un fond noir, face caméra, Paulo offre le magnifique et poignant portrait de la cruauté décomplexée d’un ancien mercenaire.

Le film de Salomé Lamas est la mise en évidence de la cruauté et des paradoxes du pouvoir que les révolutions ont abattus dans le seul but d’ériger de nouvelles bureaucraties, de nouvelles cruautés et de nouveaux paradoxes.

En tant que mercenaire, Paulo est à la frontière entre ces deux mondes.

Paulo raconte sans complexes les atrocités qu’il a commises. Il présente ce qu’il a fait, obéissant à sa "mission" de mercenaire, comme une nécessité, un moyen de palier à l’impossibilité d’un pouvoir à remplir lui-même ses tâches meurtrières.

Il se présente comme un relais nécessaire au rétablissement d’une "justice" défaillante.

Son addiction à la vision du sang est telle qu’il éprouvera le besoin de hanter les lieux où il lui sera possible d’en voir pour la satisfaire.

Combien de victimes sont passées par les mains criminelles de ce petit homme vieillissant qui ne paie pas de mine ?

Il a purgé une peine de prison pour ses actes au moment du changement de régime politique et à sa sortie, vivant une vie de SDF, il a refusé toute sorte d’aide de l’État, se sentant en règle avec sa conscience.

Le film est politique mais il n’est ni engagé, ni propagandiste.

La façon directe qu’a Paulo de raconter les faits en les appelant par leur vrai nom indispose. Et si ses propos mettent mal à l’aise, c’est que par sa façon radicale de dire les choses, il amène à réfléchir sur le caractère paradoxal d’une situation où le confort et l’hypocrisie cohabitent.

Son statut de proscrit n’a d’égal que sa fidélité à un discours contre-modèle.

Personne ne ressort indemne de son propos, ni le gouvernement portugais, ni les mouvements de libération.

La situation politique a conduit à ces démarches meurtrières, les a légitimées.

Le mercenaire est autant le produit d’un système économique que d’un régime politique.

Paulo a la certitude d’avoir pleinement rempli sa mission. Un changement de régime l’a fait coupable et jeté pendant quinze années en prison.

Aujourd’hui, réduit à l’état de SDF, il a refusé toute assistance et il se considère en état d’isolement.

Découpé en 5 journées de tournage et une centaine de séquences, ce témoignage toujours insupportable est poignant de sincérité.

Quand, dans les derniers moments du film, on surprend Paulo dans son existence de SDF, le malaise grandit encore.

Qu’en est-il de cet homme maintenant réduit à vivre sans toit ? Quelles sont ses pensées profondes, celles que cache encore une espèce d’arrogance ?

Francis Dubois

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