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Un film de Fatih Akin (Allemagne –France)

"The Cut" Sortie en salles le 14 janvier 2015.

En 1915, en Anatolie.

Dans le tumulte de la première guerre mondiale, alors que l’armée turque s’en prend aux arméniens, le jeune forgeron, Nazareth Manoogian, enrôlé pour effectuer des travaux forcés, est séparé de sa femme et de ses deux filles âgées d’une dizaine d’années.

Des années plus tard, alors qu’il a échappé par miracle au génocide, Nazareth apprend que sa femme est morte mais que ses deux filles sont toujours vivantes.

Porté par l’espoir de les retrouver, cet homme que les tortures ont définitivement privé de la parole, va se lancer dans une quête éperdue depuis le désert de la Mésopotamie jusqu’aux prairies sauvages du Dakota.

Au cours de son périple, il croisera sur sa route, autant d’aide secourable que de menaces.

Cinema : The cut

Avec " The cut ", le troisième volet de la trilogie sur l’Amour ("Head-on" 2004), la Mort ("De l’autre côté" 2007) et le Diable, Farih Akin aborde un sujet qui demeure toujours tabou en Turquie, quand il n’est pas totalement nié : le génocide arménien.

La lecture du livre écrit par le journaliste turc Hasan Semal intitulé " 1915, le génocide arménien " a été déterminante pour le réalisateur.

Le fait que le petit-fils de Semal Pasa, un des militaires ottomans responsable de massacres pendant la première guerre mondiale, ait donné ce titre à son ouvrage autorisait le cinéaste à se servir du sujet pour en faire un film.

Car si l’opinion générale du peuple turc a encore beaucoup de mal à reconnaître cet épisode dramatique de son histoire, c’est que tout a été fait pour l’entretenir dans le déni et le mensonge. Qu’il s’agisse des historiens, des gouvernements, tous ont relayé le discours familial, le contenu des livres d’histoire, les articles de presse.

Dans le film, Nazareth Manoogian vivait avec sa famille à Mardin, une petite ville proche de la frontière syrienne qui appartenait à l’Empire Ottoman au moment de la première guerre mondiale.

Une précision géographique qui explique les raisons pour lesquelles le protagoniste entame son douloureux périple dans le désert, un premier épisode éprouvant qui, s’il relate les horreurs d’un événement historique touchant tout un peuple en privilégiant plus particulièrement le parcours d’un seul personnage, réduit immanquablement la portée historique de la démarche.

"The cut " est-il un film sur le génocide arménien ou bien le génocide arménien n’est-il pour Farih Akin que le point de départ de l’histoire de Nazareth, un homme dans la tourmente ?

Si exemplaire que puisse être l’histoire de cet homme qui se débat dans un contexte historique qui le dépasse, elle ne rejoint jamais la dimension globale du génocide.

Le contraste entre les codes de la fresque, l’ampleur des paysages, ce qui transparaît dans le récit de l’histoire générale et" l’épopée intimiste" de Nazareth font de " The Cut " une sorte de livre d’images illustrant (superbement) ce qu’on pourrait parfois réduire à un récit d’aventures enfilant les péripéties d’un petit personnage perdu dans l’immensité de l’horreur du monde.

Il y a quelque chose de lancinant dans l’enchaînement des épisodes et parfois Tahar Rahim dont on connaît pourtant le grand talent, semble épuiser les palettes de son jeu.

Si la fresque que nous propose Fatih Akin revient indiscutablement à un film fort et émouvant, esthétiquement impressionnant, peut-on quand on traite d’un tel sujet, prétendre comme il le fait, faire l’économie de tout message politique ?

Francis Dubois

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