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Un film de Peter Strickland (Grande-Bretagne)

"The Duke of Burgundy" Sortie en salles le 17 juin 2015.

Cynthia et Evelyn s’aiment mais leur amour repose sur un rituel sadomasochiste.

Chaque jour, les mêmes scènes se répètent. Elles s’achèvent avec la même punition infligée à Evelyn.

L’une joue la soubrette soumise exécutant maladroitement les ordres de l’autre qui joue la maîtresse de maison aussi autoritaire que capricieuse.

La parfaite exécution de la partition permet aux deux amies d’aboutir au plaisir.

Le rituel se déroule dans les intérieurs luxueux d’une demeure somptueuse dont de nombreux murs sont recouverts de papillons épinglés que Cynthia, qui est entomologiste, collectionne avec passion.

La végétation qui cerne la maison est abondante, luxuriante si bien que le décor extérieur aussi bien que le décor intérieur oppressant, semblent submerger les deux personnages, les livrer aux règnes de la faune et de la flore et les confiner dans un univers si singulier qu’il justifie le cycle du rituel et de l’enfermement.

Car le rituel répétitif au regard, à la parole près, est peut-être pour les deux héroïnes, le seul espace de liberté dont elles disposent véritablement.

La nature du jeu de rôles compose une grande partie du film qui semble vouloir renouer avec le cinéma érotique des années soixante-dix.

Cinéma : The Duke of Burgundy

Mais le film de Peter Strickland adopte bientôt une autre tonalité et les rapports fiévreux qu’entretiennent les deux jeunes femmes, leur rituel quotidien, laissent place à un récit lyrique que des envolées fantasmagoriques, une image d’inspiration picturale, font basculer du côté du cinéma fantastique-expérimental. L’invasion de l’écran par des milliers de papillons annonce le passage du récit à un tout autre univers.

Le réalisme d’une relation sadomasochiste réglée au mot près et la préférence brusquement donnée à un lyrisme esthétisant abstrait, sont-ils complémentaires ? Les lignes narratives se rejoignent-elles ?

Peut-on parler concernant " The duke of Burgundy " de cinéma épuré ou bien le film croule-t-il sous une surcharge symbolique ? Le récit est-il limpide, immédiatement lisible ou bien cède-t-il aux méandres d’une sophistication débordante ?

On peut être irrité par ce film, ou envoûté tout autant. C’est en tous cas, une œuvre singulière et sans doute totalement aboutie qui ne laisse pas indifférent.

Francis Dubois

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