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Un film de Dagur Kari (Danemark Islande USA)

"The Good Heart" Sortie en salles le 17 mars

Lucas, jeune homme malchanceux, est au bout du rouleau mais sa dernière tentative de suicide rate et il se retrouve à l’hôpital. Là, il partage une chambre avec Jacques, un vieux patron de bar bougon qui se remet d’une cinquième crise cardiaque. Jacques se prend très vite de sympathie pour Lucas. Sachant que le prochain accident de santé risque de lui être fatal, il envisage la suite et, privé de toute autre descendance, décide de faire de Lucas, son héritier à la fois immobilier et moral. A leur sortie de l’hôpital les deux hommes se retrouvent et Lucas commence un apprentissage dans le bar de Jacques, une endroit auquel le vieil homme a imposé des règles très strictes de fonctionnement. L’amitié entre eux se confirme et le projet de Jacques prend forme jusqu’ à cette nuit où April, une hôtesse de l’air en rupture de bans avec la société, pénètre dans le bar…

Même si en de nombreux points, "The Good Heart" rappelle "Noi Albinoi" le précédent film de Dagur Kari, qui était une œuvre très personnelle et infiniment prometteuse, il s’éloigne sensiblement de ce qu’on pouvait attendre du film qui suivrait.
Le personnage du vieil homme misanthrope aigri, misogyne et sans filiation n’est pas une nouveauté, pas plus que ne l’est celui du jeune clochard naïf qui se laisse couler dans une existence sans projets jusqu’au moment ou l’histoire d’amour le révèle à lui-même. Cette rencontre à la fois simple et inquiétante va révéler à Lucas sa vraie personnalité enfouie et lui rendre un goût de vivre dont il se trouvera dans un premier temps encombré mais avec lequel il se familiarisera vite. Il eut fallu, pour renouveler les personnages et l’histoire qui s’en suit, rester dans la tonalité personnelle qu’avait annoncée "Noi Albinoi". Pourtant, lorsque April survient, on découvre que le scénario jusqu’alors un peu trop conventionnel ne l’était pas tant que ça. L’arrivée de la jeune femme constitue dans le film, par sa simple présence, un élément inquiétant qui dépasse le cliché de l’aventurière redoutable mais dépasse aussi le personnage de la simple paumée. Or, la jeune fille en qui on voyait un mauvais ange n’est qu’un être cabossé, une autre recalée de la société. Mais c’est finalement hors d’elle et autour de sa présence que se noue un drame qui sera le fait du "personnage" le plus anodin de l’histoire.
La deuxième partie du film bénéficie d’un traitement plus personnel, plus serré. Le seul défaut de Dagur Kari serait-il alors d’avoir réalisé avec "Noi Albinoi" un film trop prometteur et "The Good Heart" pâtirait-il de la légère déception qui touche bien souvent les films qui succèdent à la découverte d’une vraie "nature" cinématographique.
Au delà des réserves qu’on peut faire à propos du film de Dagur Kari, il reste, même dans une forme plus académique, un récit de qualité à la fois drôle et émouvant qui traite de la solitude masculine et de la transmission paternaliste.
Francis Dubois

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