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Un film de Myroslav Slaboshpytskiy (Ukraine)

"The Tribe" Sortie en salles le 1er octobre 2014.

Sergueï, un adolescent sourd et muet, arrive dans un internat spécialisé. Le handicap dont souffrent les pensionnaires n’évite pas les rituels en direction des nouveaux arrivants.

Sergueï, après être passé par un bizutage musclé découvre bientôt qu’à l’intérieur et à l’extérieur de l’établissement, une bande organisée se livre à différents trafics mais également à la prostitution de deux adolescentes soucieuses d’accumuler un magot qui leur permettra d’immigrer vers l’Italie.

Sergueï va s’intégrer au clan et progressivement gravir les échelons du pouvoir.

Mais il tombe amoureux d’une des deux prostituées et ne supporte pas l’idée qu’elle le quittera quand elle aura rassemblé assez d’argent et obtenu le passeport nécessaire à son départ.

cinéma "The tribe"

Le film de Myroslav Slaboshpytskiy, s’il n’est pas totalement autobiographique, repose sur son expérience personnelle et sur des témoignages qu’il a glanés auprès de représentants du monde sourd muet, d’enseignants dans ces instituts et de personnes ayant eu à faire avec la mafia locale.

Et même si les sourds n’aiment pas le reconnaître, il a réuni les preuves qu’il existe bien une microsociété alternative, non officielle, qui possède sa hiérarchie, sa structure, ses gardiens, ses tribunaux arbitraires. Une organisation qui n’est pas sans rappeler la camorra napolitaine.

Mais le film n’est pas seulement la description du fonctionnement au sein de l’établissement où vit Segueï. Il est également une métaphore du système social ukrainien et des jeux du pouvoir de l’Etat.

C’est contre ces agissements mafieux que le peuple s’est soulevé récemment en Ukraine.

"The Tribe " repose également sur l’expérience personnelle de Slaboshpytskiy lorsque celui-ci, reporter en rubrique criminalité dans les années 90, a pu constater l’existence d’une guerre des gangs dans toute l’URSS.

Il a, au cours de cette période, été le témoin de faits qu’il lui est difficile de rayer de sa mémoire et qui sont devenus partie intégrante du récit.

L’internat du film se situe dans un quartier populaire de Kiev où les habitations ont été construites par des prisonniers allemands après la seconde guerre mondiale.

Il s’agit de l’établissement où a été pensionnaire le réalisateur entre 1982 et 1989. Le décor est intact et aucun changement n’est intervenu en vingt-cinq ans.

Le tournage a commencé avant le début des manifestations contre le gouvernement Lanoukovytch. Il s’est achevé après l’annexion de la Crimée par les russes.

" The Tribe " est en langue des signes sans voix-off ni sous-titres. Il est un hommage au cinéma muet et la preuve qu’on peut réaliser un film contemporain et réaliste sur cette base-là, sans qu’il soit fait l’usage des mots.

Très vite, la non audition des dialogues s’intègre au récit et le seul reproche qu’on pourrait adresser au réalisateur c’est d’avoir cédé à une surabondance d’événements qu’il traite avec une lenteur réaliste mais qui, à force, finit par alourdir le récit surtout lorsqu’il s’agit de moments traités dans toute leur violence et de façon frontale.

Mais face aux scènes cruelles, on se dit que dans certains contextes guerriers ou de conflits, la réalité peut dépasser et de loin la fiction…

Francis Dubois

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