Actualité théâtrale

au Théâtre du Rond-Point

"Théâtre sans animaux" Jusqu’au 23 mars

C’est une reprise du grand succès de Jean-Michel Ribes, salué par trois Molières en 2001 (meilleur auteur, meilleure pièce comique, meilleur second rôle féminin), que nous propose le Théâtre du Rond-Point. Jean-Michel Ribes dit « j’aime les étincelles des courts-circuits, les immeubles qui tombent, les gens qui glissent ou s’envolent, bref les sursauts. Ces petits moments délicieux qui nous disent que le monde n’est pas définitivement prévu et qu’il existe encore quelques endroits où la réalité ne nous a pas refermé ses portes sur la tête ».

En huit courtes fables, on s’enfonce dans cet univers où le non-sens et l’absurde se glissent entre les phrases toutes faites – « ça fait peur quand même », « si on ne fait rien, on va le payer cher » et tout dérape. Jean-Michel Ribes accumule des situations extravagantes - l’arrivée d’un stylo d’une demi-tonne dans un salon ou l’histoire de l’homme qui n’a trouvé qu’un moyen pour arrêter de fumer, porter une perruque Louis XV – et des discussions délirantes comme celle qui partant de la remarque « j’aime toute cette période qui va de Vinci à Warhol ! », se lance sur le sujet « pourquoi on ne peint plus de carpe aujourd’hui ? ». Les situations dérapent, les répliques claquent, ce qui paraissait (presque) raisonnable devient par glissements successifs, absurde. Du gloussement léger, les spectateurs passent au fou rire avec une délicieuse jouissance.

Cr Giovanni Cittadini Cesi

La mise en scène de Jean-Michel Ribes sert à merveille son texte. Dans un décor de silhouettes de maisons qui se transforment en quelques glissements, les acteurs se déplacent sur scène selon une chorégraphie qui elle aussi devient fantasque. Semblant au départ attachés au quotidien, d’un coup ils s’envolent ou deviennent des carpes qui ondulent avec fantaisie. Ils sont tous les cinq excellents mais il faut surtout saluer Annie Gregorio qui fait merveille dans le personnage de la femme « normale », qui perd pied peu à peu, non sans lutter, et finit emportée dans le tourbillon délirant. On jubile au ping-pong des répliques et on se laisse emmener avec bonheur au pays du non-sens.

Micheline Rousselet

Du mardi au samedi à 21h, le dimanche à 15h.
Relâche les 5 et 12 février.
Représentations supplémentaires à 17h30 les samedis 2 février et 9, 16 et 23 mars.
Théâtre du Rond-Point
2 bis avenue Franklin D. Roosevelt, 75008 Paris
Réservations (partenariat Réduc’snes tarifs réduits aux syndiqués Snes mais sur réservation impérative) : 01 44 95 98 21
www.theatredurondpoint.fr

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Inflammation du verbe vivre »
    Alors que Wajdi Mouawad, le directeur de La Colline, avait souhaité se lancer dans une entreprise fleuve, mettre en scène les sept pièces de Sophocle qui nous sont parvenues, le poète auquel il... Lire la suite (14 novembre)
  • « Il y aura la jeunesse d’aimer »
    Le couple que formèrent Louis Aragon et Elsa Triolet, unis par l’amour et l’engagement politique, est devenu emblématique. Didier Bezace s’est associé à Bernard Vasseur, directeur du Moulin de... Lire la suite (11 novembre)
  • « Dans la luge d’Arthur Schopenhauer »
    Yasmina Reza résume son texte en disant qu’il s’agit « de quatre brefs passages en revue de l’existence par des voix différentes et paradoxales, ou encore d’une variation sur la solitude humaine et des... Lire la suite (9 novembre)
  • « Après la répétition »
    On sait la puissance des liens qui unissent souvent un metteur en scène et ses comédiennes. En cherchant comment jouer la séduction, la naissance de l’amour, la passion, la lassitude qui s’installe,... Lire la suite (2 novembre)
  • « Contrebrassens »
    Une femme qui chante Brassens cela surprend et enchante, quand elle a la malice et la grâce féminine que célébrait le grand Georges. Très inspirée par les textes et les mélodies du chanteur, car on... Lire la suite (1er novembre)