Actualité théâtrale

"Thérapie anti-douleur" Jusqu’au 11 novembre à La Manufacture des Abbesses

Le père est à l’hôpital, il a un cancer, mais ne sait pas pour quoi on le soigne. Ses deux filles et son fils se retrouvent à son chevet, avec leurs soucis, leur vision différente de la vie et de la mort. Gina est un médecin qui a renoncé à son rêve de partir faire de l’humanitaire en Afrique. Le frère boulimique vient de se faire quitter par sa femme. Giulia a abandonné ses ambitions d’écrivain et est devenue un auteur de feuilletons télé à succès, mais sa vie est vide. Dans la salle d’attente où ils confrontent leurs frustrations, leurs ressentiments et leurs angoisses, où ils s’affrontent et parfois se retrouvent, il y a aussi une femme africaine qui a peur pour son fils que l’on va peut-être amputer. Hors champs il y a aussi une infirmière-chef odieuse. Enfin le père en se réveillant va leur révéler l’existence d’une jeune maîtresse kosovar enceinte.
C’est donc par toutes ces confrontations que les personnages vont mettre à nu leur passé et leurs angoisses face à l’avenir, qu’ils vont vivre une "thérapie anti-douleur" pour retrouver le courage d’exprimer leurs sentiments et, parfois, prendre en compte ceux des autres.
L’auteur, l’italienne Laura Forti, en alternant réalisme et moments d’humour surréel évite le pathos et réussit à tisser de subtiles relations entre problématique sociale et existentielle. Même si on peut regretter à la fin l’accumulation de situations qui renvoient un peu trop aux feuilletons télé alors qu’on aurait souhaité plus de distanciation, on s’attache aux personnages, à leur vie, à leurs espoirs et à leurs défaites parce qu’on sent qu’il y a chez Laura Forti un vrai souci d’authenticité.
Yvan Garouel dans sa mise en scène a choisi un décor minimal, une chambre-salle d’attente qui nous permet de nous concentrer sur les personnages, et les acteurs qui les incarnent sont tous excellents (on peut citer Anne Coutureau dans le rôle de Giulia, Gaël Rebel dans celui de Gina, Isabelle Montoya dans celui de Dragana et Manga Djomo dans celui de Madame Nigeria). Ils sont vrais, violents, anxieux, avides d’amour et nous entraînent dans leur vie. C’est surtout grâce à eux que cette soirée nous offre un théâtre populaire et intelligent.
Micheline Rousselet

La Manufacture des Abbesses
7 rue Véron, 75018 Paris
Les dimanches, lundis, mardis, mercredis à 21 heures
Réservations : manufacturedesabbesses.com / 01 42 33 42 03

Autres articles de la rubrique Actualité théâtrale

  • « Les naufragés » suivi de « La fin de l’homme rouge »
    Après Ressusciter les morts , Emmanuel Meirieu s’attache à nouveau à adapter deux livres témoignages, Les naufragés, avec les clochards de Paris de Patrick Declerck et La fin de l’homme rouge de... Lire la suite (16 septembre)
  • Théâtre 14
    Les nouveaux directeurs du théâtre 14, Mathieu Touzé et Édouard Chapot, proposent aux abonnés et aux curieux, pendant la durée des travaux au théâtre qui vont durer jusqu’au 20 janvier, UN PARCOURS... Lire la suite (13 septembre)
  • « Tempête en juin »
    Ce sont les deux parties de Suite française que Virginie Lemoine et Stéphane Laporte ont adapté et mis en scène (Virginie Lemoine seule pour la seconde partie) dans ces deux spectacles. Irène... Lire la suite (13 septembre)
  • « Marie-Antoinette »
    De Marie-Antoinette Stefan Zweig dit « Elle n’était ni la grande sainte du royalisme ni la grande « grue » de la Révolution, mais un être moyen, une femme en somme ordinaire, pas trop intelligente, pas... Lire la suite (13 septembre)
  • "Mademoiselle Julie"
    Cette pièce que nous avons chroniquée ici : « Mademoiselle Julie » est reprise dans le même théâtre à partir du 1° octobre. Une belle occasion de la (re)découvrir. Micheline... Lire la suite (11 septembre)