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Un film posthume de Claude Miller (France)

"Thérèse Desqueyroux" Sortie en salles le 21 novembre 2012

Dans les Landes, dans les années 20, chez les riches propriétaires terriens, les mariages sont souvent arrangés pour réunir les terres et agrandir les patrimoines.

C’est ainsi que Thérèse Larroque est devenue Madame Desqueyroux en épousant Bernard, un hobereau, attentif sinon soumis, aux volontés de sa mère.

Si Thérèse était consentante pour s’engager dans cette union, elle n’en est pas pour autant soumise aux carcans bourgeois et ses idées avant-gardistes font souvent barrage aux conventions ancrées dans la région.

Si elle croyait pouvoir s’accommoder de cet époux, à la lumière d’événements où il se montre pleutre, elle finit par éprouver pour lui une répulsion qui l’amènera doucement à renouveler un acte qui semble être, plus qu’une décision de sa part, dicté par l’enchaînement des circonstances.

Mais dans ces familles-là, le scandale est à éviter à tout prix.

Il y a une cinquantaine d’années, Georges Franju adaptait le roman de François Mauriac avec un quatuor de comédiens remarquables, Emmanuelle Riva, Philippe Noiret, Edith Scob et Samy Frey. Son adaptation tout en étant fidèle à l’œuvre de Mauriac, incluait un climat singulier, un sorte de trouble, et évitait la reconstitution appuyée, épousant l’époque tout en optant pour une sorte d’universalité du récit.

Claude Miller et ses producteurs n’auraient sans doute pas dû revenir sur une nouvelle adaptation de l’œuvre. Et ce nouveau film, sans le comparer à celui de Franju qui n’est sans doute plus dans les mémoires, a le tort d’être dans une reconstitution appliquée, un peu "scolaire" qui, curieusement, amoindrit le propos.

Tout ici est attendu, convenu. Et les moments clés du récit comme celui de la rencontre d’Anne avec Jean Azevedo ou celui de la complicité intellectuelle qui lie furtivement Thérèse au jeune homme, sont escamotés pour ne pas dire qu’ils passent à la trappe.

Plus rien n’émeut dans le personnage d’Anne auquel, du coup, Anaïs Demoustier ne donne aucune vibration, aucune "chair".

Gilles Lellouche n’est pas plus convaincant en hobereau landais hypocondriaque et Audrey Tautou, avec un jeu frontal, ses chapeaux-cloche et ses robes charleston, ne dégage aucun trouble, ne charge son personnage d’aucune ambiguïté.

Les séquences défilent sans la moindre subtilité dans un enchaînement terne et le roman de François Mauriac se résume à un fait divers provincial qui survient dans un monde bourgeois cadenassé, figé dans ses carcans, une morale qui n’est là que pour sauvegarder la réputation d’une lignée.

On regrette de faire autant de réserves à propos de la dernière réalisation de Claude Miller à qui l’on doit quelques belles réussites : "La meilleure façon de marcher" son premier long métrage, " L’effrontée" ou "La petite voleuse" qui révélèrent Charlotte Gainsbourg, ou " Un secret" .

On aurait aimé encenser le film mais n’est-ce pas une cause perdue d’avance que d’adapter, en 2011, une œuvre littéraire dont les ressorts dramatiques, s’ils gardent toute leur force sur le papier, s’étiolent quand on les met en images, surtout quand les images se limitent, comme ici, à une pâle illustration.

Francis Dubois

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