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Un film de Katia Lewkowicz (France)

"Tiens-toi droite" Sortie en salles le 26 novembre 2014.

Lili, lauréate du Prix Miss-Calédonie, aspire à un vrai travail et si ça existait encore, à être comme l’était son père, mineur de fond. Son penchant instinctif pour les baisers sur la bouche lui permet de rencontrer un riche industriel.

Sam, déjà mère de famille nombreuse, dévouée à sa progéniture exclusivement féminine en constante effervescente, accouche de jumelles alors qu’elle et son mari (dépassé par les événements) attendaient un garçon. Elle aspire maintenant à une certaine indépendance…

Louise qui gérait un pressing, quitte l’entreprise familiale pour travailler dans une société de fabrication de poupées vers laquelle l’a dirigée son amant.

Cinéma : "Tiens toi droite"

La scène d’ouverture du film où Lili, sur le podium et en tenue de candidate de Miss, fait part à l’animateur décontenancé de ses aspirations professionnelles totalement improbables, donne le ton d’une réalisation qui, de bout en bout, gardera le cap d’une tonalité déjantée.

Les personnages vivent en marge des règles dictées par la règle ou le bon sens. Ils tiennent un discours et se comportent de façon toujours imprévisible.

Sont-ils cohérents vis-à-vis d’eux-mêmes ou cèdent-ils à un naturel loufoque au risque de déraper et d’échapper à toute logique comportementale ?

Ils ont l’air de vivre dans un monde qu’ils découvrent à chaque instant ou bien qu’ils connaissent trop bien. Leur philosophie de la vie, leur détermination les conduisent-ils à suivre un chemin hors des sentiers battus et à ne pas se sentir obligés de répondre à ce qu’on attend d’eux.

Katia Lewkowicz qui avait réalisé " Pourquoi tu pleures  ?" en 2011, une comédie familiale grinçante assez réussie, prend cette fois-ci, à bras le corps pour les réunir et n’en faire qu’une seule histoire, trois portraits de femmes d’aujourd’hui pétries de questionnements, hésitantes autant qu’elles sont fonceuses.

A l’origine, le film devait s’appeler "États de femmes ".

La première demi-heure de " Tiens-toi droite " déconcerte. Le passage de l’un à l’autre des trois personnages entraînant dans leur sillage leur environnement familier, égare un spectateur intrigué par tant de mouvements.

Lorsque les choses se mettent en place, que les situations se précisent, qu’on entre dans le jeu, on se laisse porter par le mouvement, par un dialogue dont l’élément récurrent est "Je ne sais pas" ou par des phrases répétées plusieurs fois, comme si on avait besoin de s’en imprégner fortement ou de trouver le ton juste pour la prononcer.

Katia Lewkowicz filme magnifiquement le mouvement et particulièrement, les allées et venues, l’incessante agitation des enfants, un groupe de fillettes toutes en surcharge pondérale mais joviales, faisant preuve d’une énergie à toute épreuve et parmi lesquelles s’impose une cinéaste en herbe, peut-être le double enfantin de la cinéaste.

Elle dit avoir pensé au jazz en pensant sa mise en scène, à ces instruments qui font des solos puis se répondent, s’accompagnent. Elle dit avoir été guidée par son refus d’un récit linéaire, se démarquer des narrations classiques, montrer une préférence pour des points de vue qui s’entrechoquent, déconstruisent pour mieux structurer.

Si l’on craint, au début du film de voir un récit brouillé, voire embrouillé, le miracle de la limpidité se produit bientôt.

Les situations se clarifient en même temps que se dessinent les propos du film, la culpabilité, l’oppression des femmes par elles-mêmes.

La comédie est vive, loufoque mais derrière le cours chahuté des événements, se cache la gravité de l’existence, cette nécessité pour chacun de rendre des comptes, comme si c’était le prix à payer, la rançon de la fantaisie

Noémie Lvovsky, Marina Foïs et Laura Smet mènent tout ça tambour-battant

Francis Dubois .

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