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Un film de Kanu Behl (Inde)

"Titli, une chronique indienne" Sortie en salles le 6 mai 2015.

Dans la banlieue de Dehli, Titli est le benjamin d’une fratrie qui s’est spécialisée dans le trafic de voitures volées, sous le regard apparemment passif d’un père au foyer végétatif.

Alors que Titli caresse d’autres projets que de participer aux magouilles familiales qui sont parfois d’une grande violence, il voit ses plans contrecarrés par ses frères qui, pensant qu’une présence féminine serait nécessaire dans la maison, le marient contre son gré.

Un mariage sans amour puisque Neelu vit une relation amoureuse passionnée avec son cousin lui-même marié, mais qui lui fait miroiter un prochain divorce.

Après maintes pérégrinations, Titli finira par trouver auprès de Neelu, qui lui est dans un premier temps hostile, une alliée inattendue pour se libérer enfin des contraintes familiales et trouver sa voie.

Les trois frères de la famille respectent la hiérarchie de l’âge. Mais si l’aîné semble être à l’initiative des projets de braquages de voitures, si le cadet semble montrer de la détermination pour les projets, ils n’en constituent pas moins une bande de "bras cassés" qui ratent souvent leurs objectifs, se font voler l’argent récolté et dont l’amateurisme débouche sur des actes de violence débordants et inutiles.

Aux trois frères de la famille viennent s’ajouter l’étrange personnage du père, vieil homme végétatif dont on ne saurait dire s’il est simple observateur ou partie prenante des activités de ses fils.

Un portrait de la mère décédée plusieurs années auparavant et un autre d’un grand père lui aussi disparu, complètent ce curieux portrait de famille.

"Titli, une chronique indienne" cesse d’être l’histoire d’une association de malfaiteurs bancals dès le moment où les personnages se craquellent. Titli et ses deux frères ne sont plus de tout jeunes gens. Le frère aîné affiche la quarantaine et si, à cet âge, ils font toujours figure de loosers, s’ils ratent la plupart de leurs coups foireux, c’est bien que le choix qu’ils ont fait pour remédier à la misère n’était pas celui qui leur convenait.

Du coup, le film d’action passe le relais à un portrait de la réalité urbaine en Inde. Et si le récit n’est pas porteur d’un message, il interroge sur les choix à faire pour surmonter la misère, sur les solutions extrêmes qui se sont imposées aux protagonistes, bien plus qu’ils ne les ont choisies.

La réalisation de Kanu Behl s’oriente vers de nombreux sujets de société : l’extrême pauvreté, la violence qui naît de ce dénuement, le sombre mécanisme possible des mariages forcés, le rôle de la femme dans l’Inde actuelle, l’adultère quasi officialisé.

Le film souffre d’une narration un peu trop étirée, de rebondissements superflus et d’une construction fouillée qui fait par moments, plonger le film dans une confusion regrettable.

Malgré cela, les caractéristiques soignées de chaque personnage, et notamment des trois frères, font que quelque chose d’eux se propage à la narration générale et l’enrichit.

Avec un déroulement plus resserré du récit, le film qui inclut avec la scène du mariage, un moment de cinéma hindou traditionnel, aurait gagné en clarté et en efficacité.

Cinema : Titli

En dépit de ces réserves " Titli, une chronique indienne " finit par adopter la bonne ligne narrative et créer des atmosphères convaincantes.

Le film doit beaucoup au personnage de Titli et à son interprète, comédien non professionnel qui l’accompagne dans son évolution, depuis sa soumission aux carcans familiaux jusqu’à sa reconnaissance de lui-même, avec une grande subtilité de jeu.

A voir comme une œuvre originale qui va dans le sens du nouveau cinéma produit en Inde.

Francis Dubois

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