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Un film de Kiyoshi Kurosawa (Japon)

"Tokyo sonata" Sortie en salles le 25 mars

Une famille ordinaire dans le Japon contemporain. Le père a un poste de responsable dans une société multinationale. La mère est une femme au foyer exemplaire, attentive, vigilante. Le plus jeune des enfants, quoique de nature solitaire, donne pleine satisfaction. Il n’y a que l’aîné qui semble hésitant face à son avenir et dont les absences de la maison se multiplient.
Tout est en ordre jusqu’au jour où le père est licencié sans préavis. Pensant sans doute retrouver rapidement un autre emploi, il décide de taire son licenciement. Pour occuper ses journées, il s’isole dans des endroits éloignés des beaux quartiers où se réfugient, pour les mêmes raisons que lui, d’autres hommes en costume.
L’irascibilité du père révèle bientôt d’autres fêlures dans le bloc familial. L’aîné a décidé de s’engager dans l’armée américaine et le cadet utilise l’argent destiné au paiement de la cantine pour prendre en secret des cours de piano…

"Tokyo sonata" pose la question de la confusion où nous plonge ce début du vingt et unième siècle et pourquoi nous sommes aussi loin de ce que nous avions imaginé que ce siècle serait.
La force du film de Kiyoshi Kurosawa est autant dans le sujet qu’il pose que dans le traitement pour lequel il opte et qui, s’il reste dans un déroulement linéaire, s’en écarte parfois juste assez pour ne pas se limiter à la stricte étude sociale d’une famille confrontée à des difficultés.
Les dérapages qui touchent les trois personnages masculins, le silence autour de son licenciement pour le père, l’engagement dans les troupes américaines pour l’aîné des fils ou les leçons de piano clandestines du cadet restent dans une logique narrative. Mais lorsque le scénario s’empare du personnage de la mère jusque là totalement préservé, voilà que le film prend une toute autre dimension.
Un cambrioleur qui s’est introduit dans la maison enlève la mère, la séquestre, la violente. Mais il ne s’agit pas d’un cambrioleur ordinaire. Celui-ci, dans un état dépressif, se lamente à propos de sa vie ratée et du coup, la mère émue par tant de désespoir va faire de cette rencontre douloureuse, une histoire éphémère. Et c’est peut-être parce que, de cette façon, elle aura rejoint le rang des éclopés de la société, qu’elle pourra au terme de l’épreuve, retrouver sa famille et reprendre son rôle.
Le titre du film fait référence à une émission de télévision qui met en scène au quotidien une famille japonaise ordinaire, mais il pourrait tout autant faire référence à la scène finale au cours de laquelle le cadet passe une audition pour être enfin admis dans une grande école de musique.
Ce beau film à la fois anguleux et fluide rappelle parfois le cinéma d’Ozu.
Francis Dubois

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